Amazonie, tous concernés

Amazonie en danger.Fin de rémission pour l’Amazonie? La déforestation, ce cancer qui ronge le «poumon de la planète», risque bien de reprendre de plus belle. L’élection en novembre dernier de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil laisse en effet présager le pire. Durant sa campagne, le candidat d’extrême droite à la présidence a annoncé qu’il promouvrait agro-business et exploitation minière – deux piliers de son électorat – prêt à leur ouvrir de larges zones de la forêt tropicale. Avant même de prendre les rênes du pouvoir, le nouvel homme fort du pays a remis en question l’Accord sur le climat de Paris et posé ses conditions. Il a aussi annoncé qu’il fusionnerait le Département de l’agriculture avec celui de l’environnement. Même si, sur ce dernier point, il s’est aujourd’hui rétracté. Revirement ou stratégie? La peur de voir les produits d’exportation brésiliens mis au ban de la communauté internationale pourrait expliquer ce changement. Sans pour autant rassurer sur les intentions réelles de celui que l’on surnomme le Trump brésilien.

Environnement contre business. Durant sa campagne, Jair Bolsonaro a en effet clairement affiché la couleur. Les intérêts économiques primeront sur l’environnement. L’agriculture et l’élevage intensifs – le pays produit un cinquième de la viande consommée dans le monde – bénéficieront de nouveaux blancs-seings. La culture du soja, le plus souvent de type OGM, gagnera encore du terrain. Alors que les communautés indigènes seront elles menacées de voir leur territoire – 13% de l’Amazonie – se réduire comme peau de chagrin au profit d’entreprises minières. Et de projets de mégabarrages, comme celui de Belo Monte. Le futur président s’est engagé à ne pas céder un centimètre de plus aux sanctuaires et aux espaces des peuples autochtones, à évoquer l’idée de supprimer la démarcation. Au mépris total de la culture, des traditions et de l’identité des Indiens. Qui ne sauraient, aux yeux du nostalgique de la dictature de 1964, entraver le «développement» du pays et l’exploitation immodérée de ses ressources. 

L’humanité en péril. Le défrichage en toute impunité. Avec l’assentiment tacite du numéro un du Brésil. Et la fin de «l’industrie des amendes»... Voilà la menace qui plane aujourd’hui sur l’Amazonie – dont un cinquième a déjà disparu – en dépit de la volte-face de Bolsonaro sur la question du ministère unique. Ressemblant davantage à un revers de façade qu’à une crise soudaine de conscience. Quoi qu’il en soit, le risque qui pèse sur ce gigantesque réservoir de la biodiversité de 6 millions de km2, dont 63% se trouve au Brésil, nous concerne tous. La forêt tropicale produit 20% de l’oxygène que nous respirons. Une politique économique décomplexée, en roue libre, fragilisera encore plus le précaire équilibre climatique. Condamnera à la disparition de nombreuses espèces. Le reflet d’une vision à court terme guidée par des intérêts aussi égoïstes qu’irresponsables, une course insensée au profit immédiat, que les enfants et les petits-enfants de Bolsonaro et de tant d’autres, sans un virage à 180 degrés, paieront au prix fort...