Bienveillance et respect du personnel attendus

Migros à Chailly, Lausanne.
© Unia

Chez Migros à Chailly, des mesures d’information et de précaution commençaient à se mettre en place la semaine dernière, contrairement à d’autres enseignes où à peu près rien n’était entrepris.

Unia a réclamé l’application stricte des mesures de protection contre le coronavirus dans tous les commerces de détail. Prise de température dans des magasins et point sur la situation

Ambiance singulière dans des magasins d’alimentation à Lausanne. Des commerces relativement déserts en cet après-midi du 18 mars, en dépit de quelques caddies croisés regorgeant alors de produits. Dans une enseigne Coop, plusieurs employés, munis de gants, désinfectent les bordures métalliques des rayons. Un travail exécuté plusieurs fois par jour, selon le témoignage d’un collaborateur qui s’active à la tâche. «Le port du masque? Non, la direction nous l’interdit. Même si nous en possédons un. Le mien, je le porte en dehors. Comme je suis jeune, je ne suis pas trop inquiet.» Devant les caisses, un vigile veille à ce que la distance entre les vendeurs et les clients soit respectée, conformément au marquage au sol fixant les limites. «De toute façon, ils disent que le masque ne sert à rien. On purifie régulièrement le tapis roulant. On a du gel à disposition. Mais malgré tout, j’ai des craintes», confie une vendeuse tout en scannant les prix. A Manor, des précautions similaires ont été prises en matière de maintien de la distance, de désinfectant et de matériel de protection. Dans un commerce Migros, on a franchi un pas de plus en installant des plexiglas devant les caisses. Une «barrière» qui depuis a aussi été placée dans plusieurs grandes surfaces.

Inquiétudes malgré tout

«Ils l’ont fixée aujourd’hui. Utile? Je ne sais pas. Rassurant? Relativement. Pour ma part, je lave tous les soirs mon uniforme de travail. J’ai aussi peur pour mes parents», relate une caissière de Migros. Toujours dans cette enseigne, une jeune employée s’attèle à l’approvisionnement des rayons. «Ces jours, ça va mieux, mais au début de la crise, les gens se sont rués sur les marchandises. C’était terrible. Certains m’ont hurlé dessus, car ils ne trouvaient pas ce qu’ils cherchaient. Nous n’avions même pas le temps de vider les palettes, raconte cette mère, qui souligne au passage les arrangements proposés par l’employeur pour faciliter la garde de son enfant. Mais je sais que, dans certaines entreprises, des collègues ont été menacées de perdre leur job si elles manquaient plus de trois jours de travail.» Quant au masque, elle n’en voit pas l’utilité et préfère le laisser aux personnes plus exposées, «comme le personnel soignant ou les ouvriers du bâtiment». Enfin, dans un kiosque, la gérante souligne l’ambiance «tristounette» de cette période. Pas de marquage dans cet espace restreint mais une distance respectée de facto par les rares clients. «Les gants? Non, je n’en porte pas. Ils sont inefficaces, le virus continuant à vivre sur ce matériau et d’autres. J’utilise en revanche du gel. L’important, c’est d’éviter de se toucher le visage. Je me rends compte qu’on a des automatismes à casser.»

Parfaitement illégal

«Des mesures ont été prises, mais elles n’étaient au début de la crise de loin pas généralisées ni uniformes. Si la situation a évolué, nous déplorons qu’il ait fallu autant de temps pour réagir, mais tout n’est pas encore résolu. Et nous avons dû mettre la pression», martèle Anne Rubin, responsable du commerce de détail à Unia, citant plusieurs exemples pour le moins critiques, trois jours après les dispositions contraignantes prises par le Conseil fédéral. Comme une enseigne de parfums, dans une grande surface, poursuivant son activité, une papèterie vendant du lait et du papier-toilette pour rester ouverte ou encore une succursale Otto’s offrant un désinfectant pour dix personnes et demandant à ses employés de se débrouiller seuls pour le matériel de protection... La fermeture des écoles et la nécessité pour le personnel de trouver des solutions ont aussi donné lieu à des dérives. «Plusieurs vendeuses nous ont informés qu’elles n’avaient droit qu’à trois jours pour s’organiser au risque d’être licenciées», relate Giorgio Mancuso, secrétaire syndical d’Unia Vaud. «Des employeurs ont aussi décidé de déduire les absences des heures supplémentaires ou des vacances. Ils ont demandé aux collaboratrices concernées de signer des arrangements dans ce sens. Parfaitement illégal. Dans le contexte actuel, le patron a l’obligation de verser le salaire, selon l’échelle bernoise, qui prévoit des allocations perte de gain de trois semaines à six mois en fonction des années de service», poursuit le collaborateur d’Unia, qui dénonce aussi une prise de conscience «tardive» dans la mise en place du matériel de protection après avoir reçu nombre d’appels. Des messages ont de plus été envoyés le 19 mars à la rédaction de L’Evénement syndical, signalant des infractions en la matière, dans des magasins Coop et Migros du canton de Neuchâtel.

Signal clair

Pour résoudre la question de la garde des enfants, le syndicat demande que les vendeuses puissent au besoin bénéficier des mêmes priorités d’accueil de la part des cantons que celles accordées au personnel soignant. «Il est inadmissible que des entreprises mettent sous pression les mamans de la sorte. Totalement irresponsable. Nous exigeons que le Conseil fédéral donne un signal clair dans ce sens», insiste Anne Rubin, qui exhorte aussi les employeurs à recourir à la réduction de l’horaire de travail (RHT) pour tous les collaborateurs, employés à taux fixe ou à l’heure. L’approvisionnement de la population étant assuré, Unia demande aussi une cohérence des autorités sur la question: «La distance sociale exigée par l’OFSP s’obtient par une meilleure régulation et non par des extensions d’horaires d’ouverture des grandes surfaces.»

D’ores et déjà, le syndicat envisage de lancer une campagne de solidarité nationale en faveur de tous les salariés affectés à des tâches essentielles, comme le personnel de la vente, des soins et de la logistique. Avec, pour message principal: «Nous sommes là pour vous. Soyez, vous aussi, là pour nous!» «En d’autres mots, nous demandons aux clients respect et bienveillance à l’égard de ces catégories de travailleurs qui sont submergés et prennent des risques pour tous.»