Bras de fer dans la construction

Les entrepreneurs veulent toujours plus de flexibilité, jusqu’à 300 heures variables par année. Les travailleurs et les syndicats refusent.
© Niel Labrador

Les entrepreneurs veulent toujours plus de flexibilité, jusqu’à 300 heures variables par année. Les travailleurs et les syndicats refusent. Après la grande manifestation de juin à Zurich, des journées d’actions auront lieu dès la mi-octobre. 

Refusant de galvauder la Convention nationale, notamment en terme de flexibilisation du temps de travail, les syndicats Unia et Syna appellent à la mobilisation des maçons

Les travailleurs et leurs représentants ont été patients, mais maintenant, ça suffit! Après une quinzaine de rondes de négociations entre les partenaires sociaux du secteur principal de la construction, dont la dernière s’est tenue le 11 septembre, il semblerait que le dialogue est au point mort. Alors que la Société suisse des entrepreneurs (SSE) accuse Unia et Syna de «bloquer les solutions en campant sur des points de vue idéologiques» et de ne pas être «disposés à faire un pas important vers les entrepreneurs pour la réglementation du temps de travail», les syndicats dénoncent l’«obstination» des employeurs, restés «inflexibles sur leurs exigences excessives». Le bras de fer est entamé. Si d’autres rencontres ont été agendées jusqu’à la fin de l’année, notamment la prochaine le 3 octobre, le débat avance peu. «Nous avons réussi à nous mettre plus ou moins d’accord sur la question des augmentations de salaires, le maintien et l’assainissement de la retraite anticipée, explique Nico Lutz, responsable du secteur chez Unia. Mais la SSE essaie de nous faire du chantage en rendant cela valable uniquement si nous acceptons le démantèlement total de la Convention nationale (CN) – notamment au sujet du temps de travail et des dispositions pour éviter le dumping salarial. De notre côté, nous n’allons jamais accepter une dégradation de la CN, c’est exclu! Nous sommes pour une diminution de cette flexibilité horaire, qui est déjà insupportable aujourd’hui.»

Pour rappel, actuellement, les travailleurs de la construction ont un quota de 100 heures flexibles et doivent travailler au minimum 37,5 heures par semaine en hiver et 45 heures par semaine en été. S’ils dépassent ce quota, les heures supplémentaires doivent être payées au salarié à la fin du mois, souvent avec un supplément. La convention «moderne» proposée par la SSE prévoit 300 heures flexibles afin, écrit-elle, de «pouvoir travailler lorsqu'il y a vraiment du travail», sans quoi «les entreprises n'auront souvent pas d'autre choix que de faire appel à des travailleurs temporaires ou à des sous-traitants en cas de fluctuations du volume de mandats». Les syndicats refusent d’entrer en matière. «L’hiver, les employés seront renvoyés à la maison et accumuleront les heures négatives, et le reste de l’année, ils bosseront 9h30 par jour, voire plus l’été, pour compenser. Les employeurs mettent clairement en danger la santé des maçons», s’indigne le syndicaliste. Nico Lutz signale encore que l’argument selon lequel une flexibilisation du temps de travail réduirait le travail temporaire ne tient pas la route. «Avec le système de temps de travail actuel, les entreprises peuvent dépasser les 100 heures flexibles, mais elles doivent les payer aux travailleurs à la fin du mois, comme elles doivent payer aujourd’hui les travailleurs temporaires. Avec les dispositions revendiquées par la SSE, les patrons auraient plus de flexibilité pour ne pas payer les heures supplémentaires.»

La coupe est pleine

Autre point de discorde, le non-maintien de la catégorie salariale lors d’un changement d’employeur exigé par la SSE, pouvant représenter une perte de revenus jusqu’à 1000 francs par mois selon l’expérience. «Il existe aujourd’hui des exceptions, soulève Nico Lutz. Un grutier qui ne peut plus conduire de grue verra sa classe salariale changer après en avoir informé la Commission paritaire. La volonté patronale est de généraliser cette pratique sans justification et sans en informer personne, et c’est hors de question.»

Dans ce contexte de blocage, les syndicats appellent les maçons à se mobiliser en masse pour dire non aux dégradations des conditions de travail concoctées par les patrons. Des journées de protestation et d’actions sont à prévoir dans de nombreuses régions dès la mi-octobre.