Ça plane pour le CO2

Par 93 voix contre 88, la majorité de droite du Conseil national a refusé la semaine dernière d’introduire une taxe climatique sur les billets d’avion. C’est pourtant l’une des mesures à prendre de toute urgence afin que nous puissions respecter nos engagements inscrits dans l’Accord de Paris. Les Suisses sont en effet toujours plus nombreux à utiliser ce mode de transport. La quantité de passagers a ainsi progressé de 60% entre 2000 et 2017, selon le dernier rapport fédéral sur la mobilité. Ce qui n’est certainement pas sans conséquence pour le climat: le transport aérien représente aujourd’hui 10% du total des émissions de gaz à effet de serre de notre pays. «Prendre l’avion est devenu extrêmement bon marché, au point que cela défie le bon sens», a dénoncé, durant le débat, la conseillère nationale genevoise écologiste Lisa Mazzone. «On prend désormais l’avion comme on prend l’autobus», a convenu le socialiste vaudois Roger Nordmann. Cette croissance exponentielle du trafic aérien s’explique. Ce secteur est en effet subventionné par la collectivité publique. Les compagnies aériennes, en plus d’être soutenues à bout de bras par les Etats lorsqu’elles font naufrage – souvenons-nous du sauvetage de Swissair – et de bénéficier des infrastructures aéroportuaires mises à leur disposition, sont exonérées de l’impôt sur le carburant, de la TVA et de la taxe CO2. Alors que, pour un automobiliste, les taxes forment plus de la moitié du prix d’un plein à la pompe. Sortons les gilets jaunes!

Plus de 80% des vols au départ de la Suisse ont une destination européenne. Ces trajets pourraient aussi être effectués en train, estime la Coalition environnement et santé pour un transport aérien responsable (Cesar), qui réunit 23 organisations engagées pour une réduction des nuisances aériennes. D’ailleurs, onze pays européens, dont les Etats voisins de la Suisse, prélèvent déjà une taxe de 2 à 168 euros suivant les trajets. Telle que prévue, la nouvelle taxe aurait été au maximum de 30 francs pour les courts et moyens courriers et de 50 francs pour les vols intercontinentaux. Selon une enquête menée l’été dernier par l’institut Gfs, une majorité de Suisses ne serait pas opposée à une telle disposition. «Il ne faut pas imposer une double charge financière à l’aviation», a néanmoins défendu l’UDC soleurois Christian Imark. Dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission de l’UE, le prix du billet devrait effectivement bientôt augmenter de… quelques dizaines de centimes. Et puis, à quoi bon? «Le climat n’a pas de frontière», a déclaré le PLR bernois Christian Wasserfallen. Sans rire.

L’année 2018 a constitué un énième avertissement. Durant l’été, le Doubs s’est ainsi retrouvé à sec, on pouvait traverser à pied le lac des Brenets. Que leur faut-il de plus? De la part de l’UDC, c’est tout de même manquer de patriotisme que de ne pas protéger le patrimoine naturel de la Suisse. Les vrais patriotes défendent les glaciers suisses… et les mesures d’accompagnement. On aura l’occasion en 2019 de parler beaucoup de climat et de relation avec l’UE. D’ici là, bonnes fêtes de fin d’année à tous et à toutes. Et méfiez-vous des contrefaçons.