Casser le discours anti-étrangers!

participants au cours
© Neil Labrador

Unis contre la xénophobie: les participants ont enrichi les discussions de leurs propres expériences.

Face au discours anti-immigrés et à la nouvelle initiative de l’UDC visant cette fois la Cour européenne des droits de l’homme, le groupe des migrants d’Unia Vaud a organisé une journée de formation riche de débats

«Il faut partir des droits de l’homme, c’est quelque chose qui nous réunit tous. Il faut préserver ces acquis-là. Ensuite, nous pouvons entrer dans les explications, en ce qui concerne les droits des travailleurs, des familles, etc.» «Nous devons expliquer que, pour garantir ces droits, un tribunal est nécessaire. Et ce tribunal, c’est la Cour européenne des droits de l’homme.» Ces déclarations de deux femmes participant à la formation organisée le 8 septembre dernier par le groupe des migrants d’Unia Vaud, ont clos plusieurs heures d’une riche discussion ayant rassemblé près d’une trentaine de personnes. Ces courtes interventions éclaircissent les enjeux de l’initiative dite «contre les juges étrangers» de l’UDC qui sera soumise au vote le 25 novembre prochain. Elles proposent aussi une voie pour mener une campagne simple, face à la complexité des questions soulevées.

«L’initiative “pour l’autodétermination”, que je nomme plutôt pour l’automutilation, attaque directement la Convention européenne des droits de l’homme, ratifiée par la Suisse en 1974. Cette dernière interdit par exemple la torture, l’esclavage, le travail forcé, et garantit le droit des familles ou celui de fonder des syndicats. Comme nous n’avons pas de Cour constitutionnelle, le Tribunal fédéral a affirmé que les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), chargée de faire respecter cette convention, sont importantes pour le droit suisse», relève Marília Mendes, responsable d’Unia en matière de migration, en introduisant cette journée consacrée aussi à la manière de combattre le discours anti-étrangers en vogue dans notre pays et en Europe.

Après un rappel de l’histoire de la migration en Suisse, des intérêts économiques sous-jacents, des initiatives xénophobes, du statut inhumain de saisonnier, puis de la mise en place de l’accord de libre circulation des personnes avec l’Union européenne, présenté par Amilcar Cunha, ancien secrétaire syndical à Unia Vaud, la discussion s’est déroulée à bâtons rompus, laissant émerger les préoccupations des travailleurs et des syndicalistes présents.

Remise en cause des acquis
«Le danger ne touche pas que la Suisse. La Lega est devenue le 2e parti en Italie, cette politique fait des ravages partout en Europe», lance Vincenzo Sisto, président du groupe des migrants Vaud. En écho, un jeune horloger intervient: «Il y a une montée de l’extrémisme partout, il faut le dénoncer. La vraie problématique est celle de la régression sociale et des attaques contre les conditions de travail. On le voit au Portugal, en Grèce, où le salaire moyen a chuté. Si, dans notre pays, les salaires n’ont pas été augmentés, ce n’est pas de la faute des frontaliers. Nous devons être intelligents, et nous battre sans limite de nationalité contre ces attaques, pour améliorer nos conditions de travail et internationaliser la lutte.» Un travailleur de la construction métallique explique comment un patron lui a proposé de baisser son salaire de 1000 francs, en lui disant qu’en Grèce, ils ne touchaient que 3 euros de l’heure. «Les attaques viennent du patronat, pas seulement de l’UDC, il faut être clair. Défendre les acquis sociaux, c’est s’opposer à la domination des patrons. C’est avec la lutte des classes que l’on peut changer les choses», fait-il remarquer.

La discussion se porte aussi sur les attaques menées par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), dont les juges ne sont pourtant pas remis en cause par l’initiative de l’UDC. Cette dernière ne touchant que les accords internationaux qui n’ont pas été soumis à référendum, comme les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) ou la Convention des droits de l’homme. «Les accords bilatéraux avec l’Union européenne (UE) ont été adoptés par le peuple suisse, ils ne sont pas concernés», souligne Marília Mendes, qui appelle à ne pas mélanger les sujets.

Conditions pour l’extrême droite
«C’est difficile d’isoler les choses, observe Jean Kunz, ancien secrétaire régional d’Unia Vaud. L’UE a contraint la Suisse à supprimer le statut de saisonnier. Mais, dans la réalité, l’Europe devient de plus en plus antisociale. La Cour de justice européenne a pris des décisions contre les travailleurs, avec ses arrêts Laval, Viking, etc. Elle a approuvé le fait qu’un travailleur polonais allant en France ou en Suède devait travailler au salaire polonais.» Un militant s’inquiète: «Avec l’accord-cadre, l’UE et le Conseil fédéral cherchent les moyens de déréglementer le marché du travail pour obtenir encore plus de concurrence entre les travailleurs. C’est cette politique qui permet à l’extrême droite de progresser.»

«Nous devons faire très attention avec ces questions. L’UDC est en train de récupérer notre position sur les mesures d’accompagnement en disant que les syndicats les rejoindraient sur leur vision de l’Union européenne. Nous ne devons pas tomber dans ce piège», précise une autre intervenante, Joëlle Racine d’Unia. Elle ajoute que si l’initiative «pour l’autodétermination», renommée anti-droits humains par ses opposants, était acceptée, et que l’UDC lançait une initiative contre les syndicats, il ne serait plus possible de s’appuyer sur les droits garantis par la CEDH ou l’OIT.

La démocratie en ligne de mire
Dans le cadre de la campagne contre cette initiative, Marília Mendes appelle à casser le discours anti-immigrés en montrant aux gens ce qu’apporte l’immigration, mais aussi en dévoilant la pression mise par les employeurs sur les travailleurs, qu’ils soient suisses ou migrants. «Il faut également montrer que l’UDC s’est toujours opposée à l’amélioration des mesures d’accompagnement», ajoute Amilcar Cunha, relevant que «l’introduction de la libre circulation des personnes a donné des droits et une certaine dignité aux étrangers».

«C’est évident que l’initiative foule aux pieds les droits fondamentaux. Nous devons bien dire qu’elle n’a rien à voir avec l’UE, qui n’est pas très populaire», indique Vincenzo Sisto. «Nous devons expliquer d’emblée qu’elle n’est pas contre les juges étrangers, mais contre les conventions internationales ratifiées par la Suisse», souligne un militant. «Pouvoir dire ce que ces conventions nous ont apporté de positif, serait aussi un plus», note un autre.

Et Marília Mendes de conclure que le discours anti-étrangers ne s’attaque pas qu’aux migrants, mais à tous. Elle appuie ses propos par une citation d’un historien portugais, Rui Tavares, lue cet été dans le journal Público: «Le fascisme européen emploiera la même stratégie qu’auparavant: utiliser les armes de la démocratie pour détruire la démocratie.»

 

Plus d’informations et exemples de cas soumis à la CEDH:

www.initiative-anti-droits-humains.ch