«Ce n’est pas au personnel de vente de payer la crise!»

Le Conseil d’Etat genevois a pris la décision de prolonger les horaires d’ouverture des magasins les samedis de 18h à 20h. Unia s’y oppose

Par l’arrêté du 25 novembre, le Conseil d’Etat genevois déroge à la Loi sur les heures d’ouverture des magasins (LHOM) en décidant de prolonger celles-ci à 20h au lieu de 18h les samedis. L’argument invoqué par le Département de l’emploi et de la santé (DES): des ouvertures plus larges permettraient d’atténuer les rassemblements dans les commerces. Unia, en colère, n’y croit pas. «Le conseiller d’Etat Mauro Poggia n’apporte aucune preuve que la prolongation des horaires d’ouverture des magasins se baserait sur l’Ordonnance fédérale sur les mesures destinées à lutter contre l’épidémie», dénonce le syndicat dans un communiqué de presse du 26 novembre. Pour Unia, il est question d’une mesure économique, et non pas sanitaire, qui se fera sur le dos des employés du commerce de détail, fortement malmenés depuis le début de cette crise. Pour preuve, invoque ce dernier, le magistrat a déclaré qu’il fallait «rappeler aux syndicats que le meilleur moyen de défendre les travailleurs est de maintenir leurs emplois»…

Après les applaudissements, la gifle

«Ce n’est pas un hasard si cette mesure intervient juste après qu’une association patronale du commerce de détail a quitté la table des négociations pour une nouvelle convention collective de travail, ajoute Unia. L’élargissement des horaires d’ouverture du samedi est, depuis des années, la principale revendication patronale de la vente. Sous prétexte de la crise sanitaire et en prétendant s’appuyer sur l’Ordonnance fédérale sur le Covid-19, le Conseil d’Etat cautionne donc les requêtes patronales, sans aucune contrepartie pour le personnel de la vente.»

Pour Unia, ce n’est pas aux vendeuses et aux vendeurs de payer cette crise. Celui-ci rappelle que, d’un côté, le personnel de vente des magasins alimentaires a été au front pendant toute la première vague de Covid-19 et, de l’autre, que les employés des autres commerces ont vu leur revenu – déjà maigre – amputé de 20% en raison du chômage partiel. «Avec cet arrêté, l’ensemble des salariés de la branche sera appelé à travailler deux heures de plus (et donc exposé plus longtemps au flux des clients) sans aucune contrepartie. De plus, ce même personnel se voit attribué des nouvelles tâches qui n’entrent pas dans leurs compétences habituelles, comme les contrôles aux entrées et le nettoyage systématique des magasins, s’indigne Unia. Alors que la principale revendication du personnel était la garantie d’avoir quelques samedis de congé par an, les autorités remercient le dévouement de ces travailleurs en réduisant le peu de temps libre qu’il leur reste.»

Retrait exigé

Pour Unia, il est évident que la mesure adoptée vise uniquement à élargir les moments de consommation lors de la période la plus sollicitée de l’année. Partant, le syndicat, tout en prenant la situation sanitaire au sérieux, invite le gouvernement à revenir rapidement sur sa décision, prise par ailleurs sans aucune consultation des représentants des salariés, pourtant prévue par l’article 7 de la LHOM. Une campagne d’information sera menée sur le terrain pour aller à la rencontre des travailleurs. De son côté, la Communauté genevoise d’action syndicale a annoncé que les organisations syndicales du secteur élaboreront sans tarder les recours qui s'imposent contre cet arrêté.