Ce n’est qu’un début!

Vingt mille personnes, femmes, hommes, enfants, jeunes, retraités, sont venues crier leur colère samedi à Berne. Et dire que maintenant, ça suffit ! Que les inégalités, et en premier lieu l’inégalité salariale, ne sont plus acceptées. Qu’il est intolérable qu’après bientôt quatre décennies, la Constitution, et la Loi sur l’égalité conquise 15 ans plus tard, ne sont toujours pas appliquées. 

Un message clair à l’intention du Parlement qui devait décider, lundi 24 ou mardi 25 septembre, du sort de la révision minimaliste de la Loi, obligeant les entreprises de plus de 100 employés à effectuer, tous les quatre ans, un contrôle de l’égalité salariale. Et cela sans qu’aucune sanction ne soit prévue si cette analyse n’est pas réalisée ou si l’employeur ne rectifie pas les salaires. Une révision touchant moins de 1% des entreprises, et limitée de surplus à 12 ans! Un affront fait aux femmes, qui pourrait être très légèrement atténué si le Conseil national annulait cette durée et abaissait le nombre d’employés à 50. Mais là encore, seules 2% des sociétés seraient concernées, les 98% restantes pouvant continuer d’ignorer la loi… 

A l’heure où ces lignes sont écrites, lundi après-midi, le Conseil national venait d’entrer en matière sur la révision, par 107 oui contre 85 non et 2 abstentions. Un vote de justesse, à 55% des voix. Il s’en est fallu de peu pour que le projet passe à la trappe. Nul doute que la pression de l’immense mobilisation de samedi dernier aura fait reculer quelques opposants. Mais sera-t-elle assez forte pour que de petites retouches y soient apportées? Quoi qu’il ressortira du Palais fédéral, cette révision n’apportera guère de changement en vue d’une véritable application de la loi interdisant toute discrimination salariale. 

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a aucune volonté politique de mettre en œuvre l’égalité. Aucune volonté politique d’obliger les patrons à verser aux femmes qui travaillent les 10 milliards de francs qu’ils gardent dans leurs poches chaque année, et de payer les 840 millions de cotisations qui devraient être allouées à l’AVS sur ces salaires volés… 

Pendant ce temps, les mêmes parlementaires fédéraux qui tergiversent sur l’application de la Loi sur l’égalité, s’apprêtent à offrir de nouveaux cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux actionnaires, qui se traduiront en nouveaux programmes d’austérité dont les femmes et les familles seront les premières victimes. En contrepartie, ils nous proposent de puiser dans la poche des travailleurs et des contribuables pour renflouer cette même AVS. Cherchez l’erreur…

Face à cette politique arrogante au profit des plus riches, la colère gronde. Elle a déferlé samedi dans les rues de Berne. Cette gigantesque manifestation a porté un sentiment, une conviction, celle que l’on ne va pas s’arrêter à mi-chemin. Celle que, quel que soit le vote du Parlement cette semaine, la lutte se poursuivra, pour culminer dans une grève nationale des femmes le 14 juin 2019!