«Cette lutte met du baume au cœur»

Locaux de Weight Watchers à Nyon.
© Thierry Porchet

Sombre perspective pour le personnel. Weight Watchers n’entend garder que 40 salariées à peine pour animer ses quelque 200 ateliers de perte de poids, qui seront alors donnés, semble-t-il, en vidéoconférence.

Menacées de licenciement, une centaine d’employées de Weight Watchers soutenues par Unia se battent pour conserver leur emploi

Dégraissage massif chez Weight Watchers (WW). La filiale suisse de la multinationale de la diététique, dont le siège est installé à Nyon, veut se séparer des deux tiers de ses effectifs, soit 110 personnes employées comme coaches de régime. Il s’agit majoritairement de femmes embauchées à temps partiel après avoir réussi le programme minceur. WW n’entend garder que 40 salariées à peine pour animer ses quelque 200 ateliers de perte de poids, qui seront alors donnés, semble-t-il, en vidéoconférence.

C’est d’ailleurs sur Zoom que la direction a annoncé, le 9 mai, à ses collaboratrices son projet de restructuration. C’est également via l’application de téléconférence à la mode que la résistance s’est organisée, la commission d’entreprise et le personnel ayant mandaté Unia durant la procédure de consultation pour licenciement collectif. Une première pour le secrétaire régional d’Unia Vaud: «Les assemblées réunissent jusqu’à cent personnes, elles sont longues, mais nous arrivons à prendre des décisions. Le personnel se révèle admirable, mobilisé et déterminé», relate Yves Defferrard. La direction, de son côté, ne s’est pas montrée franchement coopérative en n’offrant pas les moyens nécessaires pour mener à bien cette consultation, comme un service de traduction puisque WW est présent dans les trois régions linguistiques du pays. Surtout, l’entreprise n’a pas communiqué les informations financières permettant de présenter des contre-propositions aux licenciements et a refusé de négocier avec le syndicat. «On nous demandait de signer un accord de confidentialité nous confinant dans un rôle d’observateur, c’est inacceptable», s’indigne le syndicaliste. Le personnel et Unia ont tout de même obtenu une prolongation du délai de consultation au 5 juin et ont pu remettre un rapport de consultation. «Nos propositions permettent de limiter le nombre de licenciements et de sauvegarder un nombre important d’emplois. Nous avons aussi élaboré un plan social prévoyant des indemnités de licenciement et des solutions de reclassement et de requalification», indique le syndicaliste, qui note que WW n’est pas au bord de la faillite, mais réalise, au contraire, des bénéfices. La réponse de la direction était attendue cette semaine.

Licenciées sur Zoom

«L’enjeu est de conserver des ateliers en présentiel», souligne Yves Defferrard. Basculer les réunions en ligne risque en effet de ne pas séduire les adhérentes au programme WW, comme le montre le succès de «Weight Watchers Switzerland - Save the teams». Créée par deux anciennes coaches, cette page sur Facebook a récolté 800 soutiens en seulement une semaine et de nombreuses prises de position en faveur des réunions physiques. «L’entreprise fait fausse route, c’est un modèle qui ne correspond pas à nos membres avec lesquelles nous développons des liens affectifs», estime Françoise (prénom d’emprunt).

Cette coache explique être rémunérée au tarif horaire de 20 francs. «En comptant les déplacements et la préparation, une réunion me prend cinq heures, mais WW ne compte que trois heures. Nous n’avons pas été augmentées depuis 2006 et on nous a réduit un par un nos avantages. Je n’imagine pas que la situation puisse s’améliorer pour les coaches qui resteront. On leur demandera de faire des ateliers à la chaîne et elles resteront des heures derrière leur écran, toujours à temps partiel avec des salaires précaires», prévoit la conseillère, qui dénonce les «méthodes de cow-boy» de la société d’origine étasunienne.

«Aux Etats-Unis, 4000 de nos collègues ont été licenciées en quelques minutes sur Zoom sans possibilité de dire au revoir aux membres.» En Suisse, au moins, il y a cette procédure de consultation, même si WW a bafoué les droits du personnel. Si Françoise ne se fait pas trop d’illusions sur son issue, elle est reconnaissante envers la commission du personnel et Unia: «Sans leurs connaissances, nous n’aurions rien pu faire. L’entreprise ne s’attendait pas à ce que nous disions stop. Nous avons tout à gagner. Cette lutte met du baume au cœur, tous ensemble, nous donnons du sens au mot famille qui a été souvent utilisé à mauvais escient dans cette entreprise.»