Comme une seule femme!

C’est la journée de tous les superlatifs. En terme de colère. D’émotion. De nombre. De pluralité des luttes. De créativité. De fête aussi. Un raz-de-marée féministe, violet, revendicatif a déferlé sur la Suisse le 14 juin. Un tsunami dans la tranquille Helvétie du consensus et de la paix du travail charriant, pêle-mêle, les doléances d’une foule impressionnante formée d’adolescentes, de jeunes femmes, de mamans, de retraitées, de migrantes, de représentantes de la communauté LGBTQI+ et d’hommes solidaires aussi.

Un mouvement majuscule, global, multiforme qui constitue, sans conteste, l’une des plus grandes mobilisations de l’histoire sociale suisse. La grève des femmes a ainsi réuni plus d’un demi-million de manifestantes venues crier leur ras-le-bol dans les principales localités de Suisse. Une colère puisant sa vigueur, sa sève, dans des discriminations multiples. Sur le front professionnel, avec la persistance d’inégalités salariales crasses, l’impossibilité pour nombre d’employées de percer le plafond de verre, en clair d’accéder à des postes supérieurs, des rentes misérables pour trop de femmes à la retraite. Sur la question du partage des tâches éducatives, ménagères, de soins aux proches. En matière de violences sexistes et de harcèlement dans l’espace public, sur les lieux de travail...  

Autant de dérives quantifiées avec des chiffres honteux se répétant en boucle, indignes d’une société fondée sur la démocratie, supposée garantir l’égalité des droits et des chances: les femmes gagnent toujours 20% de moins que leurs homologues masculins, une femme sur sept perd son poste en raison de sa maternité, une sur cinq a subi des actes sexuels non consentis... A l’exigence d’une disponibilité non-stop ou presque, au diktat de l’image et des clichés de la femme idéale pour ne pas dire potiche ou poupée, à la volonté d’une certaine classe politique et patronale, ravie des économies réalisées, de maintenir le statu quo dans le domaine de l’emploi, à tous les hommes accrochés à leurs prérogatives, aux comportements outranciers, dégradants, aux abus en tous genres: les manifestantes ont dit non. Et non, c’est non !

Ce refus de tant d’injustices a poussé des salariées à débrayer la journée ou momentanément. A arborer des vêtements et le badge aux couleurs du mouvement. A croiser les bras à 15h24, un des temps forts de la grève, heure à partir de laquelle les femmes ne sont plus payées. Ou à se joindre aux gigantesques cortèges au camaïeu de violet qui ont paralysé les principales villes suisses.

Ce 14 juin, les participantes se sont levées comme une seule femme. Elles ont abordé toutes les problématiques, sans tabou. Dénoncé d’une même voix le travail gratuit doublé d’un manque de reconnaissance aggravant. Les préjugés et stéréotypes d’un autre âge. Un moment de «communion» intense, d’une émotion rare, avec des prises de parole résonnant en force pour cette moitié d’humanité n’exigeant que de justes rémunérations, du temps et le respect qui lui est dû. Ce puissant signal doit désormais se traduire par des changements rapides et concrets. Les femmes ont montré leur aptitude à se mobiliser. Dans ce sens, elles ont déjà remporté une victoire. Mais après la pression de la rue, la bataille se poursuit au quotidien. Tous les partis, à l’exception de l’UDC, l’ont soutenue. A voir s’ils agiront en conséquence. La gent masculine dans son ensemble devra aussi prendre ses responsabilités et les manifestantes poursuivre la lutte. Un combat légitime qui nécessitera de profonds changements dans les mentalités. Reste à savoir si toute la société est prête à prendre ce virage. Elle a tout à y gagner...