Coronavirus: les syndicats veulent des mesures économiques et sociales

Pour l’Union syndicale suisse, les salariés ne doivent pas supporter les conséquences de l’épidémie sur le monde du travail

Les conséquences économiques et sociales du coronavirus pèsent désormais concrètement sur la Suisse. De nombreuses manifestations ont déjà été annulées. Certains secteurs s’attendent à des pertes en raison de la baisse des commandes, des absences pour maladie ou, dans le cas de l’industrie par exemple, de la rupture des lignes d’approvisionnement et du renchérissement du franc suisse. D’autres, tels le tourisme et l’hôtellerie-restauration, subissent déjà une baisse des réservations et du chiffre d’affaires. Bien qu’indispensables, les seules mesures sanitaires ne suffisent donc pas pour les syndicats, qui demandent une intervention rapide et forte stabilisant l’économie et garantissant le maintien des emplois et le paiement des salaires. L’Union syndicale suisse (USS) a élaboré tout un catalogue de mesures, qui a été présenté jeudi dernier à la conférence des partenaires sociaux convoquée par le conseiller fédéral Guy Parmelin. Premier point: il est indispensable que les salaires continuent à être versés. A cette fin, les pouvoirs publics doivent soutenir financièrement les entreprises et les branches en difficulté, ne pas prononcer d’interdictions d’activités et de travail sans que la question des salaires ne soit réglée au préalable. En prohibant les manifestations de plus d’un millier de personnes, le Conseil fédéral a ainsi mis en difficulté des milliers d’employés temporaires et d’autres travailleurs au statut précaire. La réduction d’horaire de travail a fait ses preuves lors de la dernière crise financière, l’USS demande que ce chômage partiel soit accordé de manière «non bureaucratique» par les cantons et que le délai d’attente soit ramené de trois jours à un. Le comité directeur d’Unia s’est d’ailleurs prononcé de son côté pour que son accès soit élargi. En sont exclus de fait certaines branches et petites entreprises, ainsi que les temporaires et les apprentis. Le syndicat s’oppose fermement à tout report des coûts du virus sur les employés et exige que le Conseil fédéral instaure une indemnisation entière de la perte de salaire (contre 80% aujourd’hui). L’USS recommande également une politique monétaire «proactive» de la Banque nationale contre la surévaluation du franc et pour le faire baisser, ainsi que pour assurer des liquidités aux entreprises et dans le système financier. L’USS suggère aussi que la Confédération et les organisations faîtières de l’économie mettent en place une coordination qui permette d’éviter les pénuries de matières premières et, le cas échéant, d’aliments de base.

Manque d’anticipation

Ces revendications syndicales ont donc été exposées à la conférence des partenaires sociaux. Celle-ci a réuni une quarantaine d’acteurs de l’économie pour un tour de table qui n’a accouché d’aucune décision. «On ne s’attendait pas à des miracles. Nous avons déposé des propositions fortes et le conseiller fédéral nous a dit qu’elles seraient examinées sans tabou, explique le président de l’USS, Pierre-Yves Maillard. Un aspect à relever, c’est que des représentants de branches qui subissent l’arrêt de leurs activités ont tenu un discours un peu moins superficiel et libéral. Par exemple, les patrons de l’hôtellerie et de la restauration ont dit que si la situation dure, il faut se préparer à prendre des mesures conjoncturelles. Du côté patronal, ceux qui étaient venus pour s’assurer que l’Etat ne ferait rien ont paru assez coupés des réalités.» Les rencontres entre partenaires sociaux vont se poursuivre dans le cadre de groupes de travail. Pour le conseiller national vaudois, la pression sur les autorités devrait s’accentuer cette semaine avec les questions au Parlement. L’idée d’un fonds de compensation défendue par des parlementaires de différents horizons devrait aussi y être abordée. «Ce qui est tout de même frappant, c’est le manque d’anticipation du Conseil fédéral et du Département de l’économie. J’espère qu’ils vont combler ce retard, car il faut se préparer. On sait que, lorsque les options sont prises, quelques semaines sont nécessaires pour qu’elles se concrétisent. Pendant ce temps, de petites entreprises, des PME, des cafés-restaurants et des hôtels risquent de fermer boutique. On a eu des échos sur des établissements qui se retrouvent à 10% ou 20% de taux d’occupation et qui vont manquer de liquidités. Si la réduction du temps de travail n’est pas reconnue pour ces entreprises ou que la décision tarde, elles risquent de licencier leurs employés pour qu’à défaut de salaire, ils puissent toucher au moins le chômage. Ce serait une catastrophe.»


Voir également "Coronavirus, quels sont mes droits?"

Temporaires peu protégés

Notre pays dénombre aujourd’hui plus de 400 000 travailleurs temporaires. Ils sont parmi les premiers concernés par le ralentissement économique et les annulations de manifestations. La majorité d’entre eux ont été engagés par des agences de placement et dépendent de la location de services. En cas de résiliation de mission lors des trois premiers mois, considérés comme temps d’essai, la boîte d’intérim n’est tenue de payer que les deux jours du délai de congé. «Le risque économique se reporte donc sur les intérimaires, qui se retrouvent perdants sur toute la ligne. Selon mes informations, 700 personnes sont concernées rien que pour le Salon de l’auto à Genève», déplore Véronique Polito, membre du comité directeur et responsable du secteur tertiaire d’Unia. «C’est pourquoi nous demandons pour eux et, plus largement, pour tous les travailleurs payés à l’heure, l’accès aux mesures de chômage partiel. Le coronavirus est un événement exceptionnel qui mérite une réponse tout aussi exceptionnelle.» Pour une résiliation entre le 4e et le 6e mois, le délai de congé passe à sept jours, puis à un mois au-delà.

La situation est différente pour un contrat à durée déterminée (CDD) conclu directement entre un travailleur et un employeur. «Un CDD ne peut être rompu que d’un commun accord et le travailleur n’a aucun intérêt à le rompre… Il est donc important de dire qu’on est disponible et prêt à travailler», explique le spécialiste du droit du travail Jean Christophe Schwaab. L’entreprise est ici obligée d’assumer le risque économique et de payer la totalité des salaires de la mission.