Dans les traces de Batman

portrait de Rémy Dufrénois avec son gilet jaune
© Thierry Porchet

Solidaire avec les Gilets jaunes, Rémy Dufrénois se bat pour plus de justice sociale.

La solidarité inspire au quotidien Rémy Dufrénois, représentant du personnel de Syngenta et engagé aux côtés des Gilets jaunes. Entre autres...

Au four et au moulin. A l’usine, aux côtés des Gilets jaunes ou dans son foyer, Rémy Dufrénois, marié et père de trois enfants, cumule les activités. Homme d’action et de réflexion doté d’une intelligence vive et d’une capacité d’analyse pointue, ce Français de 31 ans s’engage sans compter pour les causes qu’il juge justes. Au nom d’une solidarité essentielle. Un fil rouge dans la trajectoire de cet employé de Syngenta à Monthey, entré dans l’entreprise en 2011. Opérateur de production aux horaires irréguliers, dont de fréquentes plages nocturnes, Rémy Dufrénois remplit aussi la fonction de représentant du personnel au niveau local et à l’échelle européenne. Il est également membre de la caisse de pension, du fonds de formation, de celui de secours. «Des casquettes complémentaires... Je travaille beaucoup. Par passion», admet le trentenaire qui, soutenu par une énergie hors du commun, relève dormir seulement quatre heures par nuit.

Adepte de la réparation

«Je n’ai pas besoin de plus de sommeil. Ça me laisse du temps», affirme le frontalier au physique athlétique – 100 kilos de muscles qu’il entretient avec des exercices au poids de corps. Du temps et de l’énergie que le sportif met à profit pour mener à bien les missions qu’il s’est assignées. Dont celle de la défense du personnel. Syndiqué chez Unia, animé d’une détermination sans faille, le militant évolue avec une assurance qui peut en dérouter certains. Mais sans jamais omettre d’écouter et de consulter ses pairs. «Dans le cadre des négociations salariales 2019, des discussions se sont déroulées dans tous les secteurs, avec toutes les équipes, des entités pareilles à de petites familles. On agit dans un esprit de cohésion.» Avec des résultats concrets à la clef, comme l’obtention d’une augmentation salariale de 1,3% en 2019. «Une reconnaissance tangible du travail effectué par les ouvriers. Un geste particulièrement important au terme d’une année qui s’est révélée difficile à la suite du rachat de l’entreprise par Chemchina», commente Rémy Dufrénois, saluant au passage l’ouverture au dialogue de l’employeur. Et alors que le représentant du personnel, d’une nature sensible et empathique, se fait un point d’honneur de trouver des solutions aux différents problèmes que peuvent rencontrer des collègues. Pas question en effet de jeter le bébé avec l’eau du bain face aux difficultés. Même attitude avec les objets cassés. L’homme est un adepte de la réparation, matérielle ou non.

Le gilet en brassard

Impliqué dans son entreprise, Rémy Dufrénois l’est aussi aux côtés des Gilets jaunes de Thonon-les-Bains où il réside. Sans toutefois endosser le vêtement symbolique. L’activiste préfère le porter en brassard, estimant que sa position de frontalier, au bénéfice d’un salaire suisse, lui confère un statut «privilégié». «Je participe néanmoins activement aux mobilisations et aux discussions. J’amène des idées», précise le trentenaire originaire du nord de l’Hexagone qui a lu les Constitutions suisse et française, histoire de maîtriser les tenants et aboutissants d’une des revendications majeures des manifestants: le référendum d’initiative citoyenne. Et alors qu’il fustige la réponse à la révolte donnée à ce jour par Emmanuel Macron, «ce banquier qui travaille pour les banquiers». «Il faut lire le contenu entre les lignes. Ce que le président donne d’une main, il le reprend de l’autre.... Avec mon épouse, très active dans le mouvement, nous nous battons pour l’avenir de nos enfants. Pour qu’ils puissent travailler en France et gagner un salaire décent», précise le sympathique militant qui accorde une importance primordiale à sa famille, ce havre où il se ressource, lui qui a rompu tous liens avec ses parents. Une situation, entre dialogues impossibles et violences, qui aura aussi contribué à forger la personnalité de Rémy Dufrénois. Comme les nombreux métiers qu’il a exercés. Surnommé par certains «le caméléon», le Français a d’abord entamé une école de gendarmes avant de claquer la porte, refusant d’entrer dans un moule. Il terminera ensuite une formation d’électrotechnicien, travaillera dans l’informatique, à la chaîne ou encore comme cuisinier diplômé dans un restaurant quatre étoiles. «Ma spécialité? Les flamiches. J’en amène souvent à mes collègues. Ceux qui les ont goûtées ne les oublient plus», sourit l’homme soulignant au passage l’accueil et la convivialité des Valaisans.

Versions multiples

Optimiste, animé d’une soif inextinguible d’apprendre, franc du collier, Rémy Dufrénois affirme ne connaître ni la peur, paralysante, ni le stress. Au registre des loisirs, cet ancien pompier volontaire signale sa passion des mots et de l’écriture, concrétisée par la rédaction d’un livre à douze mains – toujours cet amour des projets collectifs. «Le sujet? Une fiction post-apocalyptique. Un bon moyen de me libérer l’esprit.» Le rédacteur prendra aussi prochainement part à la gestion d’une Maison des jeunes et de la culture. De quoi donner encore de l’épaisseur au quotidien de Rémy Dufrénois qui ne croit pas au hasard. «Tout est écrit. Même s’il existe plusieurs versions. Mon chemin existe car il me correspond», philosophe Rémy Dufrénois associant sans hésiter le bonheur à sa vie actuelle. «Je me suis construit une existence qui me ressemble», argumente celui qui, adolescent, s’identifiait volontiers à Batman, «car il n’avait pas de parents». Un héros humain – dont le collectionneur possède plus de 1000 représentations – luttant pour le bien et la justice. Un peu finalement comme Rémy Dufrénois avec ses armes à lui. Et en misant aussi sur un combat commun. «Avec un bout de bois, on fait de la fumée. Pas un feu...»