Délit de solidarité

Demain, jeudi 31 mai, se tiendra le procès des «trois de Briançon» à Gap, en France. Les deux Genevois Théo et Bastien et l’Italienne Eleonora sont poursuivis pour «aide à l’entrée d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire national et en bande organisée». Un délit passible de 10 ans de prison et 750000 euros d’amende. Les faits remontent au 24 avril: les trois jeunes participent, aux côtés de 160 autres personnes, à une marche solidaire à la frontière franco-italienne. La manif permet l’entrée en France de quelques dizaines de migrants, bloqués à la frontière. D’abord placés en détention provisoire à Marseille, ils ont été remis en liberté, puis assignés à résidence en France voisine. Une semaine avant leur procès, Théo, 24 ans, et Bastien, 26 ans, ont décidé de briser le silence. Lors d’une conférence de presse, ils ont dénoncé la diabolisation de la solidarité mais ont aussi réaffirmé leur détermination. Leur séjour en prison n’aura pas eu raison d’eux, au contraire, il n’a fait que renforcer leurs convictions et leur envie de se battre. «Cette répression qui vise à stopper la solidarité par la peur d’être poursuivi est une honte, ont lancé les deux activistes. Nous ne pouvons accepter de grandir dans un monde où l’on est criminalisé pour avoir montré de la compassion envers d’autres êtres humains.»

Résolus, les défenseurs de Bastien et Théo demanderont demain l’abandon pur et simple des charges retenues contre eux. «Nous avons été enfermés, car nous avons été pris comme boucs émissaires, s’est indigné Théo. Il fallait enfermer des gens et c’est tombé sur nous de façon arbitraire.» Pour eux, il s’agit d’un procès politique. «Il y a une volonté de punir une jeunesse humaine et solidaire.» Les jeunes, épaulés par trois comités de soutien, pointent également une inégalité de traitement. Alors que le groupuscule d’extrême droite Génération Identitaire, qui se vante de traquer des migrants à la frontière, n’a jamais été inquiété par les autorités, ce sont ceux qui tendent la main aux plus faibles qui doivent répondre devant la justice.

Cette répression et cet acharnement ont un objectif clair: donner l’exemple afin de décourager les autres actions de ce genre. De même, la médiatisation et la personnalisation de cette affaire, focalisée sur «les trois de Briançon», ont pour but de faire oublier le vrai problème, à savoir la question des migrants en Europe. Si Théo et Bastien admettent que leurs vies ont été prises en otage, ils sont conscients que ce n’est rien par rapport à ce que vivent les personnes en exil. Un désastre qu’ils mettent sur le compte du capitalisme et de ses ravages qui sévissent depuis des décennies. Une catastrophe créée de toutes pièces par l’Occident que ce dernier refuse aujourd’hui d’assumer. Théo et Bastien en sont arrivés là aujourd’hui, car ils refusent le sort qui est réservé aux réfugiés, ils refusent que des gens perdent la vie alors qu’ils tentaient d’en obtenir une meilleure. Leur porter secours est une évidence, un élan qui vient du cœur, des tripes. Et quoi qu’il se passe demain à Gap, Théo et Bastien en sont convaincus: «La lutte continue!»