Des militants affichent leur volonté d’en finir avec la pub

Panneau publicitaire.
© Thierry Porchet

La lutte des militants s’inscrit aussi dans celle écologique mais reflète, à la base, une volonté anticapitaliste.

En phase de création, un comité d’initiative réclame l’interdiction de la publicité commerciale dans les rues vaudoises. Entretien avec Danaé Pérez, partie prenante de la démarche

Haro sur la pub! Un collectif réunissant des représentants de différents milieux militants œuvre à la création d’un comité d’initiative en vue de bannir les affiches commerciales dans l’espace public vaudois. Dès le mois d’avril, ce dernier s’attèlera à la récolte des 12000 signatures nécessaires à la démarche. Impliquée dans le projet, Danaé Pérez, 20 ans, précise les raisons des militants: «Nous estimons que ce vecteur, qui pousse à la consommation de manière irréfléchie, n’a pas lieu d’être. Notre lutte s’inscrit aussi dans celle écologique mais reflète, à la base, une volonté anticapitaliste. Les supports publicitaires sont le plus souvent monopolisés par des multinationales qui peuvent se le permettre.» La jeune étudiante lausannoise attire également l’attention sur les composantes sociales des publicités. «Celles-ci sont souvent sexistes, racistes, spécistes, etc., reproduisant différentes formes d’oppression, les normalisant de manière très insidieuse. La pub révèle beaucoup de choses sur l’état de notre société, notre fonctionnement.» La Loi sur l’interdiction de pubs sexistes ne freine pas le Collectif, aux visées plus larges, dénonçant le caractère manipulatoire de ce mode de communication commerciale.

Des milliers de messages quotidiens

«Selon antipub.ch, avant de savoir lire, un enfant reconnaît jusqu’à 70 logos. A l’âge de 10 ans, ce chiffre grimpe à 400. Si l’on comptabilise aussi les stimuli commerciaux au sens large du terme – panneaux dans la rue, Internet, télévision, radio, etc. – on estime à plusieurs milliers le nombre de messages publicitaires atteignant une personne chaque jour.» Pour Danaé Pérez, leur influence sur les actes d’achat ne fait aucun doute, consciemment ou non. Et s’il est impossible de lutter contre tous les vecteurs, le Collectif veut au moins agir sur la pub dans l’espace public, «car on ne peut s’empêcher de la voir». «Nous souhaitons retrouver notre droit de non-réception. Ignorer les affiches ne suffit pas. Et tous n’ont pas les outils pour faire barrage aux messages transmis.» La question de la censure générée par une interdiction éventuelle est balayée. «C’est l’argument commun qu’on nous oppose. Mais il ne s’agit pas de liberté d’expression mais commerciale. Nous voulons de notre côté faire valoir notre liberté d’y échapper, de nous prémunir contre ces messages.» La créativité de certaines affiches ne trouve pas davantage grâce aux yeux de la militante. «La pub aurait pu prendre un tournant artistique, mais elle est aujourd’hui uniquement le fruit de résultats d’études de marketing. On y apprend comment manipuler pour vendre. Tout est pensé dans cet objectif.» A ce stade, le Collectif ne s’est pas franchement déterminé sur la publicité culturelle. «La Société générale d’affichage offre les espaces qui lui sont le plus souvent consacrés. Nous aimerions que ces annonces soient relocalisées. Mais nous n’avons pas de solutions toutes faites.»

Renfort bienvenu

Quid du manque à gagner si le comité d’initiative parvient à ses fins? «Les revenus liés à la publicité de la Ville de Lausanne n’apparaissent pas dans ses comptes. On peut donc les considérer comme annexes. Dans tous les cas, ce n’est pas un argument pour rester les bras croisés», répond Danaé Pérez, non sans préciser que le groupe cherche aujourd’hui des soutiens en tous genres. «Nous avons besoin de renfort, mais on ne souhaite pas qu’une seule couleur de parti politique soit représentée.» Consciente des difficultés que rencontrera le projet, la militante reste optimiste: «On sait que la tâche ne sera pas aisée. Et que même si on parvient à récolter le nombre de signatures nécessaire dans le délai imposé de quatre mois, la bataille sera rude. C’est un projet ambitieux. Si nous ne parvenons pas à faire interdire la publicité, on aura au moins favorisé le débat sur un sujet relativement inexploré.»