Des ponts plutôt que des murs

Relégation au second plan de la question des frontières souvent évoquée durant la crise sanitaire avec la liberté retrouvée de voyager sur le Vieux-Continent. Et le recul de la pandémie qui, dans un monde globalisé, n’a pas connu de réelles lignes de démarcation. Depuis le 15 juin, la Suisse a rouvert totalement son espace aux membres de l’Union européenne et au Royaume-Uni. Avec, en conséquence, une libre circulation qui devrait regagner en «fluidité», facilitant la vie des travailleurs frontaliers, au demeurant jamais empêchés de rejoindre leur poste. Avec la possibilité pour les citoyens helvétiques de se rendre de nouveau dans ces Etats. De quoi réjouir nombre de personnes pestant à l’idée de devoir passer les relâches estivales chez elles, même si ces séjours éventuels à l’étranger resteront conditionnés au maintien de mesures de protection sécuritaire spécifiques aux pays visités. Et alors que les appels du pied se multiplient pour que les futurs vacanciers privilégient un farniente dans leur patrie.

Cette étape supplémentaire dans un déconfinement européen généralisé est rendue possible par une pandémie visiblement en voie d’être contenue. Et aussi largement nécessitée par une industrie du tourisme en berne, payant l’un des plus lourds tributs aux effets de la crise sanitaire. L’essoufflement du virus rend ainsi désormais, à l’inverse des gestes barrières, les tracasseries douanières inutiles. Permet de nouveau cette porosité des lignes de démarcation le plus souvent appréciée par les travailleurs et les voyageurs. Elargissement d’horizons bienvenu. Pas au goût cependant de l’UDC plus encline à accueillir des étrangers prêts à venir dépenser leurs économies en Suisse qu’une main-d’œuvre pourtant indispensable au bon fonctionnement et à la prospérité de notre pays. A travers elle, la question des frontières reviendra sur le tapis via son initiative de résiliation. Ce projet – sur lequel nous voterons le 27 septembre – vise à mettre un terme aux relations bilatérales en matière de libre circulation. Une volonté de fermeture virale qui n’est pas sans évoquer un jubilé parlant lui aussi de frontières.

Il y a 50 ans, le 7 juin 1970 précisément, le peuple refusait l’initiative Schwarzenbach aux relents racistes nauséabonds. A la rhétorique démagogique, entre barque pleine et surpopulation étrangère. La proposition de la droite dure se révèle guère éloignée de ce projet xénophobe avorté. Au prétexte de régulation de l’immigration, elle entend permettre l’exploitation sans réserve des contingents d’étrangers qui seront tolérés, l’acceptation de ce texte remettant en question les mesures d’accompagnement. En clair, les garde-fous contre le risque de sous-enchère salariale et sociale. Gageons que la population saura se souvenir du rôle crucial des frontaliers dans le fonctionnement de notre économie, en particulier dans le domaine des soins. Qu’elle gardera en mémoire l’interdépendance de la Suisse avec l’Europe, son principal partenaire commercial. Qu’elle défendra l’idée de ponts, non de murs. D’unité et de solidarité entre les travailleurs au-delà des frontières et de la couleur des passeports. De destins définitivement communs.