Domino’s Pizza: licenciement antisyndical confirmé

Employés de Domino's Pizza au travail.
© Neil Labrador

Le personnel de Domino’s Pizza s’était mobilisé fin 2015 pour une amélioration des conditions de travail.

Le géant de la restauration Domino’s Pizza vient d’être condamné en seconde instance pour avoir licencié une employée en raison de son activité syndicale

Victoire syndicale. La Cour de justice du canton de Genève a récemment confirmé en appel la condamnation de Domino’s Pizza GmbH pour avoir licencié abusivement Jennifer, une employée active dans la défense des droits du personnel et pour l’amélioration des conditions de travail. Le géant de la restauration doit lui verser deux mois d’indemnités salariales. «Nous sommes satisfaits de ce verdict et saluons le courage et l’engagement de Jennifer. Cette victoire a toutefois un goût amer. Nous espérions clairement un dédommagement plus élevé: au moins cinq mois de salaire, pour chaque année de service», commente Artur Bienko, secrétaire syndical d’Unia, non sans encore faire remarquer, indigné: «Le jugement a été rendu le 11 mars, mais la multinationale, riche à millions, n’a toujours pas versé le montant dû. Jennifer a dû entamer une procédure aux poursuites.» Le syndicaliste précise encore qu’Unia traitait le dossier Domino’s Pizza de manière collective. «Jennifer a été visée, car elle jouait un peu le rôle de porte-parole des travailleurs. Elle a été congédiée au motif qu’elle serait arrivée plusieurs fois en retard au travail, qu’une erreur de commande aurait occasionné une perte financière, qu’il y aurait eu des différences de caisse... S’il y avait des dysfonctionnements dans l’entreprise, les raisons évoquées relèvent clairement du prétexte», poursuit Artur Bienko avant de revenir sur les faits.

Souffrance des employés

L’affaire remonte à 2015. A la fin de cette année, une dizaine de travailleurs de Domino’s Pizza sollicitent le soutien du syndicat dans le cadre d’un conflit avec un responsable du restaurant des Eaux-Vives à Genève. Le litige porte sur le non-respect de la Convention collective nationale de travail de l’hôtellerie-restauration, avec notamment des problèmes d’organisation du temps de travail, de rémunérations et de protection de la personnalité. «Les employés qui osaient se plaindre et revendiquaient de meilleures conditions étaient victimes de “planning punitifˮ. En clair, on réduisait le nombre de leurs heures de travail. Il y avait une grande précarité qui poussait à la démission, beaucoup de souffrance des salariés.» Après plusieurs assemblées du personnel et malgré des séances de négociations avec la direction nationale de l’enseigne, aucun accord n’est trouvé. L’annonce d’un débrayage et d’une médiatisation des différends met Domino’s Pizza sous pression. L’enseigne propose alors des solutions satisfaisantes. Les actions prévues sont annulées. Mais ce même jour, Jennifer est licenciée et libérée de son obligation de travailler sur-le-champ. «Elle n’avait pourtant fait que réclamer avec ses collègues le respect des lois en vigueur et de meilleures conditions de travail», martèle Artur Bienko, d’autant plus outré qu’Unia avait signé avec le groupe un protocole de partenariat garantissant l’exercice du droit syndical dans les restaurants et les franchises de Domino’s Pizza. Et que des situations problématiques similaires se sont produites dans des enseignes à Lausanne et à Neuchâtel cette année. Autant d’exemples témoignant de l’impérative nécessité de renforcer la protection contre les licenciements antisyndicaux comme l’exige aussi l’OIT qui a épinglé la Suisse à ce propos et l’a mise sur liste noire...

Tous la même valeur

De son côté, si Jennifer, 27 ans, a obtenu gain de cause devant la Chambre des prud’hommes, elle n’en reste pas moins fortement ébranlée par cette histoire. «Je suis heureuse d’avoir gagné. Mais financièrement, j’espérais mieux – je pense que cela aurait été légitime – et, émotionnellement, ça a été très dur. J’ai été traumatisée par ce conflit qui m’a atteinte dans ma santé et pris beaucoup de temps.» L’ex-employée de Dominos’ Pizza est d’autant plus choquée que, entrée dans l’entreprise en octobre 2010 en effectuant d’abord des remplacements, elle s’est ensuite largement investie dans son poste. A tel point qu’elle a été promue à plusieurs reprises avant de devenir, en été 2014, assistante du gérant. «Je ne comptais pas mes heures. Je travaillais comme une esclave pour atteindre les objectifs fixés. Mais la gestion était mauvaise, l’équipe constamment en sous-effectif, les plannings et les temps de repos particulièrement problématiques. Je savais qu’en défendant les droits des travailleurs, même avec l’équipe derrière, je me trouvais sur un siège éjectable.» Depuis son renvoi, la jeune femme a effectué différents jobs avant de décrocher récemment un poste en cuisine. «Dans tous les cas, je continuerai au besoin à m’engager syndicalement. Dans ce monde, ceux qui ont du pouvoir ont facilement tendance à opprimer les autres. Mais nous avons tous la même valeur. Il n’y a aucune raison d’accepter d’être maltraitée», conclut la courageuse jeune femme soulignant encore au passage «le service de qualité» rendu par Unia.