A droite toute!

Une année après l’élection du 7 mai 2017 en France, le point sur la présidence d’Emmanuel Macron, passé d’un pseudo-centrisme à une stratégie clairement marquée à droite, porteuse d’attaques d’envergure contre les acquis sociaux

«Je continue à penser, avec le philosophe Alain, que quand quelqu’un dit que la droite et la gauche n’existent pas, c’est qu’il est à droite.» Ces propos tenus dans Le Monde par l’historien Jean-Noël Jeanneney, auteur du livre Le moment Macron (Seuil, 2017), illustrent bien la trajectoire du nouveau président de la République, élu le 7 mai 2017. En l’espace d’une année, Emmanuel Macron est passé d’un pseudo-centrisme à une stratégie clairement orientée à droite. On ne s’y trompe pas non plus au sein des syndicats, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, affirmant, à propos de la «méthode Macron» de dialogue avec les centrales syndicales: «Vous écoutez, je tranche.»

Systématiquement autoritaire

Ces déclarations en disent long sur la conception du pouvoir qu’a Emmanuel Macron, que beaucoup comparent à celle du Roi-Soleil ou du général Napoléon Bonaparte. Comparaisons déplacées? Peut-être, mais Emmanuel Macron a une vision de la Ve République autant, voire davantage monarchique que Charles de Gaulle ou François Mitterrand. Chez lui, tout a le parfum de l’autoritarisme. Le Gouvernement est aux ordres, les députés de La République en marche (LREM) sont alignés comme des petits soldats, et Emmanuel Macron rêve d’affaiblir le Parlement, via une réduction de 30% du nombre des députés et des sénateurs, et par une diminution des possibilités d’amendements. Dans la même logique, Emmanuel Macron entend «réformer» l’Etat et la société en passant par-dessus la tête des corps intermédiaires (organisations syndicales, patronales, agricoles et associations). Enfin, il tire à boulets rouges sur l’audiovisuel public.

Aligné sur le grand patronat

On ne s’étonnera pas trop que ce président-là soit devenu celui des riches, aligné sur le grand patronat, au niveau de ses choix socioéconomiques:

• Baisse massive des dépenses publiques, au détriment des besoins sociaux, cumulée avec le démantèlement des services publics, comme la SNCF. Une politique assassine, puisqu’en Allemagne, l’ouverture à la concurrence a fait passer les effectifs de la Deutsche Bahn de 365000 à 198000 salariés.

• Réformes fiscales et sociales profitant aux 10% les plus riches de la population, qui capteront près de la moitié des 9 milliards d’euros de baisses d’impôts prévues pour les ménages. Pis encore, le 1% de plus riches va gagner 4225 euros par an, contre 55 euros en moyenne pour 90% de la population! Selon Thomas Piketty (L’Obs du 12 avril 2018), Trump et Macron mènent la même politique, puisque le premier veut baisser l’impôt sur les sociétés de 35 à 20%, le second de 33 à 25%.

• «Réforme» du Code du travail qui poursuit la détérioration des droits des travailleurs et des syndicats entamée sous François Hollande.

Tout cela fait partie depuis belle lurette du programme du grand patronat, puisque le 4 octobre 2007, Denis Kessler, alors vice-président du Medef, déclarait: «Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de le défaire méthodiquement.» Ce à quoi Gérard Filoche, auteur de Macron ou la casse sociale (L’Archipel, 2018), répond: «Ils vont supprimer la Sécurité sociale en croyant que c’est un vestige communiste.» Il n’est dès lors pas difficile de comprendre pourquoi 50% des Français classent aujourd’hui Emmanuel Macron à droite, alors qu’ils n’étaient qu’un tiers voici un an.

Baisse du chômage, mais…

Cessez donc de critiquer un homme qui a fait diminuer le nombre des demandeurs d’emploi, s’exclameront certains. C’est vrai, le chômage est tombé à 8,9% au dernier trimestre 2017, soit une baisse de 0,7 point sur trois mois. Mais Emmanuel Macron n’y est pas pour grand-chose, comme le souligne l’économiste Daniel Cohen dans L’Obs du 29 mars 2018: «Le rythme de création d’emplois, de l’ordre de 270000 par an, était déjà aux niveaux actuels l’an passé, au moment des élections; et la cause principale en est simple: c’est la reprise de la croissance européenne.»

Les migrants, dehors

Emmanuel Macron pratique aussi une politique musclée à propos des libertés. On lui doit l’inscription de l’état d’urgence dans le droit ordinaire et un durcissement de la politique migratoire, plusieurs mesures ayant pour but de dissuader les demandeurs d’asile, de les débouter et de les expulser, alors que la France n’héberge que 1 réfugié pour 340 habitants, contre 1 pour 188 en Autriche, 1 pour 141 en Allemagne et 1 pour 101 en Suède. Certes, Emmanuel Macron fait preuve d’ouverture sur la question européenne. Mais peut-on être ouvert sur l’Europe et fermé dans son propre pays?