En avant toute(s)!

Plus que neuf jours. Neuf jours pour mobiliser, organiser, expliquer et se rassembler. Neuf jours jusqu’à ce fameux vendredi 14 juin, journée de grève et d’actions des femmes pour l’égalité, contre les discriminations, contre les violences. Dans toutes les villes du pays, et parfois les villages, c’est l’effervescence.

Cette journée historique s’inscrit dans le long combat des femmes pour l’égalité des droits et des salaires. C’est le 14 juin 1981, dix ans après l’obtention du droit de vote féminin, que le peuple acceptait l’inscription d’un nouvel alinéa dans la Constitution, qui venait compléter l’article 4 affirmant que tous les Suisses sont égaux devant la loi. Cet ajout précisait: «L'homme et la femme sont égaux en droits. La loi pourvoit à l'égalité, en particulier dans les domaines de la famille, de l'instruction et du travail. Les hommes et les femmes ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale.» Une avancée gigantesque dans un pays où le mari était encore «chef» de l’union conjugale… Une avancée qui, depuis bientôt 40 ans, tarde à se concrétiser dans les faits. Malgré la première grève des femmes du 14 juin 1991, et malgré l’entrée en vigueur, cinq ans plus tard, de la Loi sur l’égalité qui interdit toute discrimination. C’est que le poids des préjugés et celui du système économique plombent tout progrès.

Au moment où les femmes suisses crieront leur colère, l’Organisation internationale du travail aura débuté, à Genève, sa session spéciale commémorant son centenaire. Créée en 1919, cette institution tripartite a pris un soin particulier pour protéger les travailleuses et promouvoir l’égalité. Cent ans plus tard, force est de constater qu’au niveau mondial, comme en Suisse, cette dernière n’a pas beaucoup progressé. Dans un rapport réalisé pour son centenaire, l’OIT informe qu’à l’échelle de la planète, les femmes gagnent aussi 20% de moins que les hommes. Et que, même si 70% d’entre elles souhaitent un travail rémunéré – un choix approuvé par 66,5% des hommes – seules 45,3% ont un emploi. Facteur prépondérant à cette situation: les soins à autrui. Une activité non payée dont le partage avec les hommes avance à pas de tortue. A ce rythme, l’égalité dans la prise en charge des soins aura lieu dans… 209 ans.

Si le rapport sur l’égalité ouvre des pistes innovantes, comme le doublement des infrastructures pour les soins aux personnes, il tire aussi la sonnette d’alarme: «Les progrès accomplis pour combler les écarts entre hommes et femmes marquent le pas, et dans certains cas on observe même un renversement de tendance». Ainsi, depuis 20 ans, les disparités professionnelles entre les sexes ne se réduisent plus de façon significative et la situation risque d’empirer dans un monde où «le travail se fragmente et l’avenir est de plus en plus incertain».

Dans ce contexte, helvétique et mondial, des solutions doivent être trouvées pour que la roue de l’histoire ne fasse pas machine arrière. Des lois existent, des droits ont été acquis. A nous toutes et tous de les faire respecter par la mobilisation. A nous toutes et tous de faire en sorte que la colère qui s’exprimera le 14 juin soit transformée pour que les revendications ne restent pas à quai.