Eviter une catastrophe sociale

Caddie de supermarché quasiment vide.
© Thierry Porchet

L’USS demande des mesures supplémentaires afin de renforcer le pouvoir d’achat. La faîtière syndicale a mis en garde contres les risques d’un cercle vicieux généré par une consommation à la baisse qui entraînerait encore davantage de suppressions d’emplois.

L’Union syndicale suisse a présenté ses solutions pour stabiliser la conjoncture et renforcer le pouvoir d’achat en cette période de récession économique

Aider les travailleurs à faibles et moyens revenus via notamment le recours aux excédents des caisses maladie et le paiement du chômage partiel à 100%. Lors d’une conférence de presse tenue le 6 juillet dernier à Berne, l’Union syndicale suisse (USS) a demandé davantage de mesures pour surmonter les conséquences de la crise sanitaire frappant de plein fouet les salariés les moins biens payés et le plus souvent sans réserves financières. L’organisation faîtière a souligné la difficile situation des personnes actives dans des branches où les salaires sont les plus bas. C’est en effet dans ces dernières que le chômage partiel se révèle le plus répandu, avec à la clef, pour nombre de bénéficiaires, des rémunérations réduites de 20%. L’USS a aussi noté une augmentation des menaces de licenciements. Et mis en garde contre les risques d’un cercle vicieux généré par une consommation à la baisse – la tendance serait à l’essoufflement – entraînant encore davantage de suppressions d’emplois. «Nous avons pu éviter la catastrophe sociale jusqu’ici, mais il faut maintenant que les perspectives s’améliorent pour tout le monde», a déclaré Daniel Lampart, économiste en chef de l’USS et auteur d’un rapport sur la répartition des revenus et de la fortune présenté à cette occasion.

Charge doublée

Il ressort de cette étude que la redistribution des richesses s’est largement détériorée depuis le début du millénaire, creusant encore les écarts. Selon cette analyse, les employés les moins bien payés doivent travailler un an pour gagner ce que l’une des 50000 personnes les mieux rétribuées touchent en un mois. Autant dire que, déjà avant la pandémie de coronavirus, la croissance des salaires s’est avérée pour le moins modeste, voire en stagnation. Dans certains domaines, les rémunérations ont même baissé. Daniel Lampart mentionne dans son exposé les branches les plus touchées par les effets de la pandémie, où les salaires accusaient déjà du retard, notamment dans certains secteurs du commerce de détail, de l’hôtellerie-restauration ou d’autres services (culture, centres de fitness, coiffeurs, etc.). Parallèlement, a déploré l’organisation, les primes d’assurance maladie dévorent une part de plus en plus importante du revenu sans que les réductions de ces dernières aient suivi en conséquence. Pour certains ménages, la charge a ainsi doublé depuis le tournant du millénaire alors que les caisses maladie ont engrangé des réserves deux fois plus élevées que ce que les règles en la matière lui imposent. Un excédent chiffré à près de 5 milliards. Dans ce contexte, Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, a demandé une redistribution à tous les résidents des primes accumulées en trop. «Cette mesure peut être réalisée dans la loi Covid-19 déjà. Sans faire prendre le moindre risque au système, une distribution de 500 francs en moyenne par habitant est possible.»

Nécessité absolue

Si l’USS estime que les dispositions prises durant la crise sanitaire ont permis d’éviter le pire à court terme, des pas supplémentaires doivent être faits pour «éviter une hausse massive du chômage et la catastrophe sociale qui s’ensuivrait». Dans son exposé, Vania Alleva, présidente d’Unia et vice-présidente de l’USS, a évoqué l’appel lancé pour une sortie de crise solidaire. Qui demande le versement intégral des salaires en cas de chômage partiel pour les personnes gagnant jusqu’à 5000 francs. La représentante d’Unia a noté que, pour nombre de personnes, la perte actuelle de 20% de leur rémunération est difficilement supportable. Et de citer, par exemple, dans l’hôtellerie-restauration des revenus qui passent de 4060 francs par mois à 3250, ou dans le commerce de détail, à 3000 francs et moins encore, le temps partiel étant très répandu dans cette branche. Elle s’est aussi attardée sur la menace d’une vague massive de licenciements d’autant plus qu’il n’existe pas, en Suisse, de protection en la matière. Et a dénoncé l’accentuation des inégalités en mentionnant que, l’an passé, les versements aux actionnaires ont encore augmenté pour atteindre les 63 milliards de francs.

«Ce qu’il faut, c’est plus de sécurité sociale et de solidarité dans la société. Empêcher le chômage et la détresse sociale, revaloriser les métiers à bas salaires et renforcer le pouvoir d’achat, ainsi qu’un programme conjoncturel durable pour la reconversion écosociale sont une nécessité absolue.»