Fronde contre le Black Friday

Des militants enchaînés à des caddies.
© Neil Labrador

Enchaînés aux caddies, les activistes d’Extinction Rebellion et de la Grève du climat ont bloqué l’entrée principale de Fribourg Centre durant deux heures.

Aux quatre coins de la Romandie, des actions ont eu lieu le 29 novembre pour dire non à ce jour de surconsommation

Venu tout droit des Etats-Unis, le Black Friday, qui a eu lieu cette année le 29 novembre, devient un rendez-vous de plus en plus populaire en Europe, et notamment en Suisse. Entre promotions délirantes et incitations à se ruer dans les magasins en vue des achats des fêtes de fin d’année, plusieurs initiatives alternatives ont eu lieu pour dénoncer les effets néfastes de la surproduction, de la surconsommation et de la publicité, notamment en matière d’écologie et d’éthique.

A Genève, c’était le «Block Friday»: une convergence des luttes rassemblant notamment activistes du climat, féministes, syndicalistes et politiques de gauche. Plusieurs rendez-vous ont rythmé la journée, comme un pique-nique à Uni Mail, des actions de sensibilisation des clients dans les rues commerçantes ou encore une manifestation nocturne.

A Lausanne, un festival décroissant baptisé «Black Free Day» s’est tenu sur la place Chauderon avec un marché gratuit, des concerts, des ateliers de réparation ainsi que de la nourriture à base d’invendus. Du côté de Fribourg, une cinquantaine d’activistes d’Extinction Rebellion et de la Grève du climat ont bloqué durant deux heures l’accès principal du centre commercial Fribourg Centre.

Enfin, dans le canton de Neuchâtel, deux gratiferias (marchés gratuits) ont été mis sur pied à La Chaux-de-Fonds et au centre de Neuchâtel, suivies de manifestations en fin de journée. «Dans notre monde aux ressources finies et en cohérence avec l’urgence de la situation que nous vivons actuellement, il n’est plus possible de continuer à consommer à tout va, estiment les organisateurs neuchâtelois de la Grève pour le climat. Un événement comme le Black Friday est l’exemple même des dérives de la société de consommation dont il faut absolument nous défaire si l’on souhaite offrir un avenir viable aux futures générations.»

«Une course au profit»

Pour Pablo Guscetti, secrétaire syndical en charge du commerce de détail à Genève, c’est une évidence qu’Unia se joigne au Block Friday. «Il y a une prise de conscience générale par rapport à la question climatique. Quand on sait que 70% de la pollution globale est engendrée par l’activité des entreprises, il est clair qu’un changement de paradigme radical est nécessaire, et il devra passer par un changement du monde du travail.» Pour lui, les syndicats doivent intégrer la question environnementale, notamment au cœur des CCT, et accompagner le processus de transition en marche.

«Sur le Black Friday en tant que tel, les grandes enseignes affichent des grosses promotions, mais en réalité, elles vident leurs stocks, tout en maintenant leurs marges et en écrasant les petits commerces qui ne peuvent pas suivre, dénonce le syndicaliste. Une course au profit à tout prix qui se répercute directement sur les conditions de travail des vendeurs, qui sont soumis à toujours plus de pression et de stress.»

«Marée noire pour la planète»

«Le Black Friday est une marée noire pour la planète. L’industrie du textile et de la high-tech sont des plus polluantes et désastreuses pour l’environnement.» C’est le message porté à Fribourg, où l’entrée principale d’un grand centre commercial a été bloquée entre 17h et 19h par les militants d’Extinction Rebellion et de la Grève du climat. Treize d’entre eux se sont enchaînés à des caddies, dans le sas d’entrée. De chaque côté des portes, d’autres empêchaient quiconque de passer. Ils ont exigé l’annulation du Black Friday «qui va à l’encontre d’une société durable». Pendant ce temps, une «Red Brigade», défilait dans le périmètre de l’action. Vêtue de costumes rouge, couleur du sang de toutes les espèces menacées par le changement climatique, elle interpellait les clients, avec une pancarte sur laquelle on pouvait lire, en anglais, «continuez vos achats, tout va bien!»

L’action s’est terminée dans le calme, même si durant celle-ci quelques altercations avec des clients ont eu lieu. Quant à la police, elle se serait limitée à filmer les protestataires, et à désenchaîner les activistes après la fermeture du magasin. Co-président d’Unia Fribourg, Eric Ducrey salue l’esprit de bienveillance ayant régné durant le blocage, tant de la part des activistes, que des forces de l’ordre et des membres de la sécurité de Fribourg Centre. «Le courage de cette jeunesse est plus près de ma conviction de syndicaliste que tout autre mouvement. Elle représente cette société idéale où tous sont égaux», relève-t-il, avant d’appeler les travailleurs à s’engager «dans une nouvelle vision du monde, à l’opposé de celle de l'esclavage consumériste des dernières décennies.» L’ES