Girl power

Les élections de mi-mandat ont eu lieu le 6 novembre dernier aux Etats-Unis. Véritable référendum pour ou contre le président en place, ces midterms se soldent par un résultat en demi-teinte. S'il est vrai que les démocrates ont repris la main sur la Chambre des représentants, nous sommes loin du raz-de-marée bleu annoncé. Certes, nous pouvons toujours nous réjouir du retour d'un vrai contre-pouvoir capable de mettre des bâtons dans les roues de Trump... De son côté, le Sénat reste républicain, tout comme les Etats-clés de la Floride et du Texas: là où Donald Trump parle «d'immense succès», nous nous contenterons de dire qu'il a sauvé les meubles.

Mais les grandes gagnantes de ce scrutin sont les femmes, notamment les femmes de couleur, à qui le camp démocrate doit sa victoire. Par leur mobilisation et leur élection massive, ce sont les femmes qui ont fait la différence. Selon les sondages de CNN, 52% des électeurs étaient des électrices, et celles-ci auraient voté à 59% pour des candidats démocrates. Il faut dire que depuis l'élection de Trump il y a deux ans, les femmes sont montées au créneau dans les sphères politiques et associatives. On se souvient de la Women's March, du mouvement MeToo ou encore de la forte mobilisation contre l'élection du juge Kavanaugh. Aujourd'hui, les femmes sont clairement en première ligne de l'opposition. Et le résultat est là: le Congrès fraîchement nommé n'aura jamais été aussi féminisé. Avec 117 femmes élues, les Chambres battent un nouveau record de féminisation et marquent un tournant politique. Certains Etats ont chosi des femmes, souvent issues des minorités, pour la première fois, leur permettant d'accéder à des postes stratégiques. C'est ainsi que le 116e Congrès des Etats-Unis verra débarquer en janvier à Washington la plus jeune élue de l'histoire (29 ans), deux Amérindiennes – dont une homosexuelle –, deux musulmanes et deux latino-américaines du Texas, défendant toutes un programme bien ancré à gauche en matière d'assurance santé, d'éducation publique et de salaire minimum. Un beau pied de nez à ce misogyne de Trump qui devra désormais partager le pouvoir avec ces femmes.

Si ces élections américaines sont encourageantes et revendiquent un girl power assumé, n'oublions pas que les femmes, aux Etats-Unis et ailleurs, restent sous-représentées en politique, aux postes à responsabilité mais aussi dans les représentations du personnel. Depuis vingt ans, les femmes ne sont toujours que 18% à occuper des postes importants dans l'industrie américaine du cinéma. En France, 100% des PDG du CAC 40 sont des hommes. Et Jaïr Bolsonaro, clone brésilien de Trump, ne compte nommer aucune femme dans son gouvernement. Enfin en Europe, les femmes – au passage, plus diplômées que les hommes – gagnant en moyenne 16,2% de moins que les hommes, elles travaillent «gratuitement» depuis le 3 novembre. Les femmes, mais aussi les hommes, doivent exiger que les choses changent, car il est hors de question d'attendre le XXIIe siècle pour obtenir l'égalité salariale.