Horlogerie: Unia Valais rompt les négociations

Fin février, Unia Valais avait distribué des informations devant l’entreprise horlogère ETA, propriété du groupe Swatch.
© Thierry Porchet

Fin février, Unia Valais avait distribué des informations devant l’entreprise horlogère ETA, propriété du groupe Swatch.

Alors que le secteur de l’horlogerie est florissant, les patrons valaisans ne proposent que 30 francs d’augmentation pour les salaires minimums. Inacceptable, selon Unia

Après plusieurs mois de négociations, les patrons valaisans de l’horlogerie restent inflexibles sur l’augmentation des salaires. Leur dernière offre: 30 francs, soit 4 francs de plus seulement puisque le renchérissement automatique négocié au niveau national se monte à 26 francs. Un montant «indécent» pour Unia Valais qui s’est trouvé contraint de rompre les négociations et de porter le cas devant les instances nationales. 

Pour rappel, les salaires minimums sont négociés au niveau cantonal ou régional. Dans l’horlogerie valaisanne, ils se montent à 3440 francs pour le personnel non qualifié et à 4400 francs pour le personnel au bénéfice de 4 ans d’apprentissage. «Comment peut-on vivre avec 3000 francs net par mois? De surcroît lorsqu’on a une famille?» s’indigne Francine Zufferey, secrétaire syndicale d’Unia Valais. «Alors que la branche de l’horlogerie mise sur le luxe, elle crée des working poor!» Une situation d’autant plus scandaleuse pour le syndicat que la santé de ce secteur est excellente et prometteuse. «Le premier semestre 2018 a été le meilleur que le secteur horloger a connu depuis 2012, indique son communiqué. En outre, après un chiffre d’affaires record pour la première partie de l’année, le groupe Swatch auquel appartient ETA, de loin la principale entreprise valaisanne du secteur, s’est montré à plusieurs reprises très optimiste pour l’ensemble de l’année 2018.» 

Partager le gâteau

ETA avait déjà été épinglé par Unia en février, car il représente la grande majorité des salariés conventionnés de la branche en Valais. Le syndicat demandait alors une hausse de 100 francs; puis a consenti à diminuer ce montant à hauteur de 70 francs. Et ce, alors qu’aucune augmentation n’a eu lieu depuis plusieurs années. «Les employés ont fait des efforts et nous n’avons pas revendiqué des hausses de salaires, conscients des difficultés rencontrées dans le secteur. Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible. Face à ce nouvel essor de l’horlogerie, qui se confirme, le gâteau doit être partagé avec tous, et surtout les petites mains, estime Francine Zufferey. Rappelons que nous ne parlons que des salaires minimums à l’embauche. Cette augmentation permettrait de surcroît de contrer le dumping et de faire preuve de reconnaissance envers les travailleurs.»

Selon la CCT, plusieurs éléments doivent être pris en compte. Unia en relève certains points: le résultat des négociations sur le renchérissement, l’évolution des salaires dans l’horlogerie ainsi que dans les autres branches industrielles, l’évolution des exportations horlogères, des entrées de commandes et du marché du travail. Des critères non pris en compte par la délégation patronale, selon le syndicat.

Or, dans les autres branches de l’industrie valaisanne, les augmentations ont été de l’ordre de 1,2% environ. «Les négociations des salaires des constructeurs métalliques, malgré les souffrances réelles des entreprises liées à la concurrence étrangère, ont permis une augmentation de 75 francs. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres», précise Francine Zufferey.

«Il est très probable que d’autres régions fassent recours aux instances nationales. La situation est variée: la région Vaud/Fribourg doit se prononcer dans les prochains jours, Unia Transjurane attend une décision du patronat... Nous sommes dans une phase décisive,relève Raphaël Thiémard, responsable national de la branche. Ce qui signifie, d’après la CCT, que les responsables au niveau national devront tenter de trouver une solution. Je rencontrerai donc les représentants patronaux ; avec la vigoureuse reprise des affaires dans le secteur et les chiffres record des grands groupes horlogers, il leur sera difficile d’invoquer la crise…»