Hors de question de brader la santé des travailleurs

Plus de 18000 maçons avaient défilé à Zurich le 23 juin dernier pour s’opposer aux attaques contre leurs conditions de travail et leur retraite anticipée. Ils étaient prêts à poursuivre la lutte par la grève s’il le faut.
© Thierry Porchet

Plus de 18000 maçons avaient défilé à Zurich le 23 juin dernier pour s’opposer aux attaques contre leurs conditions de travail et leur retraite anticipée. Ils étaient prêts à poursuivre la lutte par la grève s’il le faut.

Unia et Syna refusent la flexibilisation du temps de travail des ouvriers de la construction réclamée par la Société suisse des entrepreneurs. Négociations bloquées

A peine renoué, que le dialogue entre Unia, Syna et la Société suisse des entrepreneurs (SSE) est déjà rompu. Et pour cause. Pas question pour les syndicats d’accepter une flexibilisation totale du temps de travail. Une exigence formulée le 21 août dernier dans le cadre des pourparlers sur le renouvellement de la Convention nationale du secteur principal de la construction (CN) – qui arrivera à échéance à la fin de l’année – et l’avenir de la retraite à 60 ans, fragilisé par l’arrivée des baby-boomers. Discussion que les entrepreneurs, rappelons-le, ont boudée durant plus d’un an déjà avant de venir, mi-août, avec une nouvelle proposition de prime abord séduisante: l’acceptation de l’augmentation de 150 francs pour tous et le maintien de la retraite anticipée moyennant une hausse des cotisations des employés de 1,5 à 2%. Mais la contrepartie exigée se révèle inadmissible pour Unia et Syna. «Il est hors de question que nous acceptions une déréglementation totalement irresponsable du temps de travail. La santé et la vie des travailleurs ne sont pas négociables», déclare Nico Lutz, responsable du secteur construction et membre du comité directeur d’Unia.

Travail sur appel inadmissible

Pour le syndicaliste, l’exigence des entrepreneurs s’apparente, ni plus ni moins, à du travail sur appel. «Ils veulent pouvoir imposer aux salariés jusqu’à 200 heures supplémentaires et 100 heures négatives. En d’autres termes, il y a des jours où les employés ne travailleraient pas, puis ils pourraient être appelés à trimer 50 heures par semaine durant des mois», explique-t-il, qualifiant la proposition de la SSE «d’affront et de manque de respect envers les maçons qui travaillent dur». «Déjà aujourd’hui, le régime est trop flexible, 100 heures en plus étant autorisées. Les heures négatives en revanche n’existent pas. Les maçons ont l’assurance de travailler 37,5 heures par semaine au minimum.» Les syndicats dénoncent aussi la volonté patronale de supprimer la protection en cas d’intempéries, en clair de décider comme ils l’entendent quand les ouvriers devront ou non travailler, avec les dangers que pourrait entraîner un tel fonctionnement. Ils s’opposent aussi à la proposition de baisser les salaires des employés en cas de changement de place de travail au-dessous des minimaux requis dans leur classe salariale. «C’est un véritable article de dumping. On pourrait engager sur les chantiers des maçons avec des dizaines d’années de pratique comme main-d’œuvre sans aucune expérience», s’indigne Nico Lutz.

Sur la question de la retraite anticipée, si le collaborateur d’Unia estime que la SSE a fait un pas dans la bonne direction, il relève que la proposition veut encore une réduction des rentes de 5%. Et que ce sont les maçons qui devraient supporter l’ensemble des coûts d’assainissement. Les syndicats ont fait une contreproposition sans réduction des rentes.

Patience à bout

«La réponse des travailleurs est claire: une augmentation de salaire et la retraite à 60 ans ne servent à rien si c’est pour tomber malade en raison de journées de travail encore plus longues ou pour devenir invalide avant de pouvoir poser définitivement les outils.» Et Nico Lutz de rappeler qu’aujourd’hui déjà la pression se révèle énorme dans la construction. Que les journées de labeur, par forte chaleur, durent trop longtemps. «Il est possible dans des cas exceptionnels de travailler jusqu’à 12 heures par jour. Et la nouvelle proposition des patrons devrait devenir la norme!»

A ce stade, Unia et Syna demandent aux entrepreneurs de revenir à la table des négociations. Si le blocage persiste ou en cas de maintien de leur requête, ils rappellent d’ores et déjà à leurs interlocuteurs le résultat du vote mené sur les chantiers: en l’absence d’une solution négociée, 93% des maçons se sont prononcés en faveur d’une grève. Et leur patience serait à bout. Autant dire que l’automne pourrait de révéler chaud dans le secteur...