Il se passe quelque chose

Durant ce mois d’octobre écoulé, les mauvaises nouvelles n’auront pas manqué. On a vu ces pauvres Kurdes de Syrie, abandonnés et trahis. Ça fait mal au ventre lorsqu’on se souvient qu’à Kobané ou à Raqa, ils avaient porté bien haut le drapeau de l’humanité face à la barbarie représentée par l’Etat islamique. Et c’est un coup dur pour le projet progressiste et émancipatoire dont ils sont porteurs, mêlant démocratie directe, respect des droits humains, de l’égalité hommes-femmes, de la laïcité et des minorités. Et pendant ce temps, la sale guerre ne s’est pas arrêtée au Yémen, les grands groupes économiques ont continué à dégraisser – tel Japan Tobacco à Genève –, les glaciers de fondre et les galettes de pétrole de s’échouer sur les côtes brésiliennes, tandis que l’extrême droite allemande marquait encore des points… Mais soyons positifs, il y a aussi de très bonnes nouvelles.

Prenons la grève chez General Motors, qui s’est terminée il y a une dizaine de jours sur un accord qui va permettre aux employés étasuniens du constructeur automobile de bénéficier de 3 à 4% de hausse de salaire et d’une prime immédiate de 11000 dollars (4500 pour les temporaires). C’est pas mal du tout. Certes, la levée de la grève n’a été votée que par 57% des syndiqués, une forte minorité étant favorable à la poursuite du mouvement. Les représentants du personnel n’ont en effet pu sauver qu’une des trois usines que la direction souhaite fermer, ils ont toutefois obtenu des investissements à hauteur de 7,7 milliards sur les sites restants, qui devraient permettre la création de 9000 emplois. Mais ce qui est important, c’est que 48000 des 50000 employés de GM aux Etats-Unis ont croisé les bras durant six semaines. 300000 véhicules ne sont pas sortis des chaînes de montage. C’est du jamais-vu depuis un demi-siècle.

Parallèlement, il y a tous ces mouvements populaires à travers le monde qui, depuis quelques mois, exigent plus de démocratie et de justice sociale. Les Libanais viennent ainsi de faire tomber leur gouvernement, plus tôt il y a eu les «Gilets jaunes» en France, la révolution au Soudan et la révolte en Algérie, puis la contestation a touché Hong-Kong, l’Irak, l’Equateur, le Chili et d’autres pays, pardon on en oublie. Il se passe quelque chose. En Suisse aussi. Nous avons eu la grève des femmes du 14 juin et la marche pour le climat à Berne du 28 septembre, deux des plus grandes mobilisations de l’histoire sociale de notre pays, dont la vigueur s’est traduite dans le résultat des élections au Parlement. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu le curseur revenir un peu vers la gauche. Comme le souligne le président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard, «la Suisse atteint un niveau de mobilisation politique qu’elle n’a plus connu depuis des décennies. Les syndicats devront contribuer à traduire cette mobilisation en avancées.» On a du pain sur la planche. Comme d’hab’. Mais ce frémissement qu’on ressent donne du cœur à l’ouvrage.