«Je suis un explorateur»

Portrait de Chris Blaser.
© Thierry Porchet

«La nature, c’est mon élément», relève Chris Blaser qui apprécie particulièrement la photographie sous-marine.

Photographe professionnel, Chris Blaser maîtrise aussi bien le portrait que les paysages urbains mais c’est surtout la nature qui inspire ses projets personnels

L’homme a une âme d’explorateur. Du monde du dehors comme de l’intérieur. Et à travers son objectif, il tend toujours à sublimer ses sujets. A les rendre uniques. Même les plus ordinaires. Photographe professionnel indépendant installé à Lausanne, Chris Blaser exécute différents mandats corporatifs et pour des particuliers. Portraits et communication d’entreprises, paysages urbains, images d’immobiliers... L’homme de 53 ans excelle dans différentes techniques. Mais c’est surtout la nature, son élément, qui lui inspire ses plus belles compositions. «J’ai toujours aimé les lacs et les rivières, les promenades en forêt. Déjà gamin, j’allais très souvent me balader», précise le Vaudois qui a grandi dans le Jorat. Fasciné par la beauté de tableaux naturels, le quinquagénaire élargit ses terrains de jeu. Equipement de camouflage à l’appui, il immortalise des oiseaux vivant au bord de l’eau. Pas facile. «L’intrus» doit se faire accepter dans le milieu. «Respect et discrétion sont les maîtres-mots de la démarche», souligne Chris Blaser qui franchit un pas de plus en s’initiant à la photographie sous-marine et effectue un brevet de plongeur. «Les images sont alors devenues prétextes pour satisfaire ma curiosité», sourit le passionné soulignant son plaisir de la découverte. «Je recherche l’inconnu. Ici. A portée. On a tendance à ne plus voir ce qui est proche. Comme deux conjoints qui, à force de vivre ensemble, oublieraient leurs qualités respectives.» Pas de risque pour Chris Blaser qui, familier de ces échappées vertes, capte «instantanément» les moindres détails de son environnement.

A la découverte de soi

Attentif à la beauté qui l’entoure, le Vaudois a d’abord exercé son regard lors de nombreux voyages à l’étranger. Sans mitrailler... «J’ai suivi une formation de monteur-électricien», note Chris Blaser qui, CFC en poche, travaille dans sa branche et économise avant de partir à la découverte du monde. En 1989, sac au dos et en stop, il visite le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Un premier long circuit qui va le confronter à lui-même, à la vie. «J’étais très timide, réservé. Enfant, en raison alors de ma petite taille, j’étais souvent pris comme bouc émissaire. De quoi mettre à mal ma confiance. Ce départ m’a permis de repousser mes limites. D’aller vers les autres tout en nourrissant mon insatiable curiosité.» De retour en Suisse, Chris Blaser ne rêve que de repartir, séduit par cette liberté à laquelle il a goûté et la richesse des rencontres. Il décroche un poste de chef de chantier dans son domaine et, quinze mois plus tard, met de nouveau les voiles pour un long périple qui l’amènera de l’autre côté de l’Atlantique, dans l’océan Pacifique, en Asie du Sud-Est, etc. Avant de prendre le large, le baroudeur s’est initié à la photographie et espère bien apprendre encore en pratiquant. Mais il ratera les clichés de ses souvenirs les plus marquants, trop stressés par le contexte.

Changement de cap

En remontant le temps... Chris Blaser se remémore ainsi avec émotion son séjour aux côtés de chasseurs-cueilleurs Penan. «J’avais rencontré à Singapour un Britannique qui m’a proposé de l’accompagner sur l’île de Bornéo, à leur rencontre. Pas vraiment permis mais je l’ai suivi. J’ai fait la connaissance de personnes extraordinaires. Les Penan vivent en harmonie avec leur environnement. Ils ne produisent pas de déchets. Ne prélèvent dans la nature que ce dont ils ont besoin. Ils sont très solidaires entre eux.» Le baroudeur observera aussi leur inégal combat mené contre la déforestation et leur délocalisation. Barricades et sarbacanes face aux troupes de l’armée, aux hélicoptères, «à des moyens sans commune mesure»... Autre temps fort de ce voyage de 21 mois: la nuit passée dans un camp de la guérilla karen – où il a croisé des enfants soldats – en conflit avec la junte militaire birmane. Des problèmes de santé finiront néanmoins par ramener en 1993 l’aventurier dans nos frontières. Le chef monteur-électricien reprend alors ses activités. Trois ans plus tard, une restructuration dans l’entreprise où il est employé va changer sa destinée. Licencié, Chris Blaser décide de faire de la photo son métier. Et part effectuer un premier reportage sur les chasseurs de nids d’hirondelles à Ko Phi Phi, en Thaïlande. Pratiquant lui aussi l’escalade, il entend mettre en miroir les deux techniques, l’une à but lucratif, l’autre sportive. Mais alors qu’il grimpe, juste avant d’accrocher la corde qui l’assure, il chute de dix mètres de haut. Les vertèbres fracturées, il est rapatrié en Suisse.

Monde intérieur

L’assurance invalidité propose à l’accidenté une rente à vie. Chris Blaser a 30 ans. Il n’en veut pas. Il suit alors une formation plus poussée de photographe avant d’être engagé en 1999 par 24 heures. Le rachat du titre par Tamedia, treize ans plus tard, signera la fin de sa collaboration avec le quotidien. Depuis, le professionnel, qui s’est encore perfectionné dans son art et a remporté différents prix, travaille en indépendant. Pas facile mais essentiel. «La photo est un outil de recherche, une prolongation de mes pensées, de mon imaginaire. Je suis un explorateur», confie cet homme particulièrement sensible, au monde intérieur d’une grande richesse. Un microcosme onirique aux contours spirituels et philosophiques. Déplorant l’individualisme et l’égoïsme de notre société, rendu inquiet par la montée des extrémismes, Chris Blaser ne perd pas pour autant son optimisme. Et confie être heureux, associant le bonheur à une forme de simplicité, de capacité à aller à l’essentiel. Il aime d’ailleurs les déserts, leur caractère minimaliste, même si le paysage qui l’émeut le plus reste la mer. «Je rêverai de visiter les abysses océaniques.» Toujours cette quête de connaissances, ce besoin d’observation et de profondeur...