Jeunesse abîmée

L’année passée, quand Donald Trump a décidé de dissuader l’immigration clandestine aux Etats-Unis en séparant les enfants de leurs parents et en les plaçant dans des centres de rétention différents, le monde s’indignait. A juste titre. Emmanuel Macron, lui, s’est montré peu bavard sur le sujet. Et pour cause: la France, aussi, est un pays où l’on enferme les mineurs, en raison de leur statut migratoire ou de celui de leurs parents. Plus précisément, ils étaient 208 dans cette situation en France métropolitaine en 2018, selon l’association militante La Cimade. L’année d’avant, on en recensait 305 dont la moitié avait moins de 6 ans, soit environ sept fois plus qu’en 2013. Du côté de Mayotte, département français d’outre-mer, 4285 gamins sont passés par ces prisons qui ne disent pas leur nom en 2017…

Certes, on est encore bien loin des 168 centres américains pour rétention de mineurs, abritant plus de 13000 enfants et adolescents. De même, en France, les familles ne sont pas séparées. Mais toute proportion gardée, le principe reste le même, à savoir punir les enfants pour des actes commis par leurs parents. Les conséquences sur ces gosses aussi. Les études sont formelles: l’enfermement constitue un traumatisme majeur pour ces enfants, quelle que soit sa durée, et il a des répercussions graves sur leur santé physique comme psychique; ainsi que sur leur développement. Sans oublier le risque élevé d’être exposé à diverses formes de violences. Raison pour laquelle La Cimade et ses alliés, Amnesty International et l’Unicef entre autres, ont lancé une pétition il y a déjà quelques mois pour exiger que plus aucun enfant ne soit placé en centre de rétention administrative en France. Plus de 150000 signatures ont déjà été récoltées, mais la bataille n’est pas finie*.

La patrie dite des Droits de l’homme méprise ouvertement ceux des enfants. En enfermant de la sorte des mineurs, même «seulement» quelques jours, la France viole la Convention internationale des droits de l’enfant, traité le plus ratifié au monde, qui fête par ailleurs ses 30 ans en 2019. Le fait qu’elle a été condamnée à six reprises depuis 2012 par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir enfermé des enfants en centre de rétention n’a pas l’air de chagriner les élus à la tête du pays. Au contraire, selon La Cimade, depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, «on enferme tous azimuts». Pourtant, en Europe, ils sont seulement trois pays à agir de la sorte. A la France, s’ajoutent la Serbie et la Hongrie. Autrement dit, les autres Etats parviennent à gérer les flux migratoires sans mettre des enfants derrière les barreaux et sans violer le droit international. Peut-être la France pourrait-elle en prendre de la graine, au lieu de continuer à mener une politique migratoire agressive, au prix d’une jeunesse abîmée.

*Pour signer la pétition: agir.lacimade.org/retention