Kazakhstan: business versus violation des droits syndicaux 

La Confédération syndicale internationale a classé le Kazakhstan parmi les dix pays au monde les pires en matière de droits syndicaux

En juillet dernier, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a piloté une délégation de 35 personnes en Asie centrale. But du voyage: identifier les opportunités économiques offertes par le projet de la nouvelle Route de la soie. Et faciliter l’accès du secteur privé aux marchés de cette région. Principal partenaire actuel de la Suisse, le Kazakhstan. Un Etat autoritaire gouverné d’une main de fer par le président Noursoultan Nazarbaïev qui a plusieurs fois été dénoncé par des syndicats internationaux pour son mépris des droits des travailleurs. Quatre questions à Corinne Schärer, membre du comité directeur d’Unia, chargée des relations internationales. 

 

Quelle est la situation des droits des travailleurs et humains au Kazakhstan?

Dans son dernier rapport sur les droits des travailleurs dans le monde, la Confédération syndicale internationale (CSI) a classé le Kazakhstan parmi les dix pays au monde les pires en la matière! Dans cet Etat, les syndicats indépendants continuent de faire l’objet de restrictions, d’intimidations, d’attaques permanentes. La répression, les poursuites judiciaires sans fondements, les incarcérations de dirigeants syndicaux restent de mise alors même que le pays, membre de l’OIT, a signé les traités internationaux accordant la liberté de s’organiser, de rejoindre un syndicat ou encore de faire grève. Droits supposés être aussi garantis par la Constitution kazakhe. Parmi les événements les plus terribles survenus dans cette région du monde, on se souvient de la tragédie, en décembre 2011, des travailleurs du pétrole à Janaozen où les autorités ont tiré sur les grévistes, provoquant la mort de plus d’une quinzaine de personnes. Sur la question plus générale du respect des droits humains, le pays a clairement été pointé du doigt par Amnesty International qui dénonce dans son dernier rapport nombre d’entraves à la liberté de réunion, d’expression, d’association et des cas de torture et de mauvais traitements sur des suspects et des prisonniers.

Faut-il, dans ce contexte, éviter de commercer avec cet Etat?

Si les représentants des mondes politique et économique entendent commercer avec ce pays, ils ont le devoir de rappeler au Gouvernement kazakh ses obligations. D’exiger qu’il respecte les engagements internationaux pris. La coopération ne devrait pouvoir se fonder que sur des valeurs partagées. De son côté, le Kazakhstan a tout intérêt à changer de pratique pour gagner la confiance de ses interlocuteurs.

Et Unia, que peut-il faire? 

Unia, à travers ses affiliations à plusieurs syndicats internationaux, s’associe aux luttes menées dans ce pays exigeant un terme aux violations des droits syndicaux. Des pétitions contre les atteintes à l’Etat de droit circulent. 

Une lueur d’espoir? 

En février dernier, la CSI a fait part de ses inquiétudes à Bruxelles et demandé que le Conseil de coopération de l’UE-Kazakhstan aborde la question des droits des travailleurs. Ce mois de juin, elle a annoncé que deux dirigeants du mouvement syndical autonome, Nurbek Kushakbaev et Amin Yeleusinov, condamnés début 2017 à deux ans et demi de prison pour leur participation à des manifestations pacifiques, ont été libérés sous conditions. Ecran de fumée ou espoir de changement? Dans tous les cas, la vigilance demeure de rigueur.