La cause animale, question d’humanité

portrait de Viginia Markus
© Neil Labrador

«Je n’agis pas par colère ou frustration, mais par bienveillance et compassion», précise Virginia Markus.

Militante antispéciste, Virginia Markus s’apprête à publier un manifeste, «Désobéir avec amour», elle qui a choisi de n’écouter que son cœur

Il y a ceux qui la soutiennent et qui lui offrent des croquettes pour nourrir ses chiens et ses chats. D’autres qui crèvent les pneus de sa voiture. Mais que l’on cautionne ou non le mouvement antispéciste qu’elle incarne en Suisse romande et le recours ponctuel à la désobéissance civile, Virginia Markus impressionne. Par sa bienveillance à l’égard d’autrui comme des animaux. Par la force de ses convictions et son courage. Par un discours réfléchi qui se veut ferme mais non dogmatique. Et en interrogeant avec pertinence nos modes de vie et de consommation, notre relation aux autres animaux. D’origine italo-chinoise et suisse, la militante a choisi depuis bien longtemps d’écouter son cœur. Quitte à évoluer dans une certaine marge. A se mettre au ban de lois si elle les estime injustes. A sacrifier confort et opportunités de travail elle qui, titulaire d’une licence en éducation sociale, a vu une promesse d’embauche à la commune de Gland dissoute en raison de son militantisme. Pas de quoi décourager la frondeuse défendant bec et ongles la cause animale, question d’humanité.

Perturber un système

«Je suis déterminée à agir pour ce que je trouve juste au risque de représailles judiciaires. Le regard des autres ne me freine pas davantage», lance cette rebelle dans l’âme qui affirme ne pas connaître la peur. Et relativise la portée d’une garde à vue ou d’un casier judiciaire du moment où le combat mené le justifie et que d’autres méthodes se révèlent insuffisantes. Pour illustrer la lutte contre l’exploitation et la souffrance animales, la Genevoise de 28 ans n’a ainsi pas hésité à filmer en catimini un abattoir et des élevages romands. A participer à la libération de 18 cabris sauvés in extremis de la mort et placés dans des familles d’accueil. Sans condamner le caillassage de boucheries, l’activiste – qui donne aussi des conférences, prend part à des débats, etc. – dédramatise ce type d’actions. «Je comprends que c’est difficile pour les commerces touchés. Mais on ne peut pas décemment prétendre que briser une vitrine, réparable, se révèle plus grave qu’ôter la vie à un être sensible. L’acte s’inscrit dans la volonté de perturber un système pour le remettre en question.» Et la jeune femme de regretter l’intérêt plus marqué des médias pour ce genre de démarches que la rédaction d’articles de fond sur la condition animale. Avant de rappeler que 77,5 millions de bêtes sont abattues chaque année en Suisse pour la consommation.

Révolution de la compassion

«Un chiffre en constante augmentation... Mais il ne s’agit pas d’inciter les personnes à devenir véganes. Il n’y aura pas moins d’animaux sacrifiés. Il nous faut passer par la case politique pour générer des changements», poursuit encore l’auteure de Industrie laitière: une plaie ouverte à suturer? Un ouvrage paru l’an dernier aux Editions L’Age d’Homme qui l’a conduite à mener une enquête fouillée auprès des différents acteurs de la filière du lait, de l’élevage à l’assiette. «L’idée? Dénoncer l’élevage et l’abattage des animaux de rente mais aussi mener une réflexion éthique, réfléchir à un nouveau système qui soit moralement et économiquement soutenable. Des solutions existent», affirme Virginia Markus qui se défend de mener une «guerre» contre les travailleurs du domaine. «Je me bats seulement pour un monde plus juste, et pour les paysans et pour les animaux. Le but n’est pas de criminaliser des personnes ou des lieux, au demeurant non révélés», note l’activiste ne tirant aucune satisfaction du fait que, à la suite d’images prises en caméra cachée, le responsable de l’abattoir ait été licencié et condamné. «Je n’agis pas par colère ou frustration, mais par bienveillance et compassion», précise-t-elle encore, attentive, déjà enfant, à la condition des bêtes.

L’espoir d’un sanctuaire

«Je n’ai jamais compris pourquoi certains animaux étaient protégés et d’autres maltraités», relève la Genevoise qui, à 18 ans, devient végétarienne et, six ans plus tard, végane. Le déclic de ce pas supplémentaire? La visite en France voisine d’une ferme abritant des vaches laitières. Et la prise de conscience du sort réservé aux veaux, isolés dans des box, dans l’antichambre de la mort. «Un choc. Je me suis approchée de l’un d’eux. Je l’ai caressé et lui ai demandé pardon pour ce qui allait arriver», raconte l’antispéciste qui, depuis, s’est fait tatouer le jeune bovin sur le corps et bien d’autres victimes encore. Alors que son engagement ne cessera de prendre de l’ampleur elle qui, travaillant dans une clinique vétérinaire à l’étranger, mettra en place un système d’adoption en faveur d’animaux de rue. Aujourd’hui, l’antispéciste s’apprête à publier un manifeste, Désobéir avec amour. Et lance avec son compagnon artiste, Pierrick Destraz, et deux autres partenaires l’association Coexister*. Une structure promouvant une cohabitation harmonieuse entre l’humain et l’animal. «Son objectif? Mettre en lien plusieurs vocations, faire converger des luttes sociales», relève l’éducatrice qui s’est occupée professionnellement de jeunes en rupture et continue à en épauler bénévolement. Une nouvelle initiative propre à contribuer au bonheur de Virginia Markus associant ce concept à une «vie en accord avec son cœur et ses valeurs et le respect inconditionnel d’autrui, humains et animaux». Et la gracile et lumineuse jeune femme de rêver encore d’ouvrir un sanctuaire où elle pourrait accueillir ses protégés. Et d’un monde où chacun se reconnecterait à son âme d’enfant pour contribuer à le rendre meilleur, le réenchanter.


* Informations: asso-coexister.ch