La désobéissance civile pour sauver la planète

Manifestants bloquant le Grand-Pont à Lausanne. Sur une banderole, on peut lire: Action ou extinction, pour les citoyens, contre le gouvernement!
©Thierry Porchet

Jeudi 18 avril, sous l’égide du mouvement international Extinction Rebellion, environ 300 personnes ont bloqué le Grand-Pont à Lausanne, durant une heure.

Le mouvement écologiste «Extinction Rebellion» a bloqué deux ponts à Lausanne pour dénoncer l’inaction du gouvernement face au réchauffement climatique

Le 13 avril, Extinction Rebellion (XR) déclarait officiellement sa révolte non violente à Berne face à l’inaction du gouvernement. Deux jours plus tard, ses militants invitaient à bloquer une heure durant le pont Chauderon à Lausanne. Plus de 200 personnes ont répondu à leur appel. Jeudi 18 avril, une nouvelle action de désobéissance civile pacifique avait lieu sur le Grand-Pont au cœur de la capitale vaudoise.

En cette veille de week-end pascal, vers midi, le calme règne. A l’heure dite, 12h15, deux banderoles sont tendues en travers de la route pour couper la circulation. Très calmement et quasi silencieusement, les manifestants s’installent sur la route. La police est déjà là, et assure la sécurité, les transports lausannois ont été prévenus. C’est l’heure du pique-nique, un moment de partage dans la bonne humeur et la convivialité. Mais les discours sont graves. «Je suis terrifiée de l’avenir qui nous attend. Je ressens de la rage et un grand sentiment d’impuissance. Mais je crois que je retrouve de l’énergie en me mobilisant comme aujourd’hui. Je suis heureuse que tant de gens soient là!» relève une jeune militante, en embrassant du regard une foule de quelque 300 personnes, majoritairement entre 20 et 40 ans, mais d’où émergent aussi des enfants et des anciens.

«Pour les citoyens, contre le gouvernement», indique une banderole verte. Des drapeaux du mouvement international né en Grande-Bretagne flottent au vent, à l’effigie d’un sablier, pour signifier l’urgence de la situation, entouré d’un cercle représentant la planète. Le credo du mouvement XR: «Se rebeller pour la vie». Entre autres revendications: le gouvernement doit déclarer l’état d’urgence pour le climat et la biodiversité, et adopter des mesures contraignantes afin d’éliminer les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025. Selon XR, des assemblées citoyennes sont nécessaires pour la bonne marche de ce processus et le respect des droits humains. Son consensus d’action: la désobéissance civile non violente et les actions symboliques – notamment les «die-in» (du verbe to die: mourir) durant lesquelles des activistes se couchent au sol.

Antoine, militant écologique depuis une dizaine d’années, rappelle: «Historiquement, pour faire changer les choses, la désobéissance civile a été prépondérante dans les mouvements sociaux.»

Le commerce avant la vie

Sur le pont, certains dessinent des arbres à la craie de couleur, un autre sort son violon pour un mini concert, avant de laisser place aux tambours et aux discours. Un premier activiste lance au mégaphone: «On est là une fois de plus pour parler réchauffement climatique. Cela fait plus de quarante ans que le problème est reconnu, mais rien ne bouge!» Sa camarade, Sonja assène: «Le GIEC (Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, ndlr) nous donne douze ans pour retourner la situation avant une catastrophe inimaginable…» La médecin de 49 ans dénonce la démocratie biaisée par les lobbies industriels et la sacro-sainte liberté économique soutenue par les gouvernements et les Nations Unies*. «Le commerce importe plus que le climat. Le gouvernement ne nous protège pas avec ses lois. Nous devons nous rebeller et désobéir pour protéger toutes les vies sur Terre.»

Assise sur le bitume, Lucie, pragmatique, explique: «Les initiatives individuelles ne suffisent pas. Ce sont à ceux qui ont le pouvoir de montrer la direction, comme dans le cas des politiques de santé publique ou de la circulation routière. Pour des raisons de sécurité, on roule à 50 km/heure dans les villes. Alors pour des raisons de survie de l’espèce humaine, on doit mettre en place des mesures pour limiter les déchets, l’obsolescence programmée, la pollution, favoriser le bien-être collectif à long terme…»

A ses côtés, Gaëtan relève: «Je m’engage dans plusieurs associations écologiques. Mais ce n’est plus suffisant, car les politiques ne suivent pas.» Il ne perd toutefois pas espoir. «A Londres, XR a commencé petit, comme ici, et maintenant ils sont des milliers.» Dans la capitale anglaise, les blocages de quatre sites stratégiques ont duré une semaine non-stop, avec près d’un millier d’arrestations. Partout dans le monde, des actions se sont déroulées sous l’égide de XR. Et ce n’est sûrement qu’un début.

*La militante cite notamment l’article 3 (point 5) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992 qui indique: «Il convient d'éviter que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, y compris les mesures unilatérales, constituent un moyen d’imposer des discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce international, ou des entraves déguisées à ce commerce.»

Plus d’infos: xrebellion.ch