«La droite ne comprend pas la souffrance au travail»

La Commission de la sécurité sociale du National refuse de reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle

L’épuisement professionnel ne devrait pas être reconnu de sitôt comme une maladie professionnelle. Mi-février, la majorité de droite de la Commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national a refusé en ce sens une initiative parlementaire de Mathias Reynard. Pour le socialiste valaisan, le burn-out n'est pris en charge que sous l'angle d'une dépression, ce qui ne recouvre pas la réalité du syndrome d'épuisement professionnel. Sa reconnaissance comme maladie professionnelle permettrait une meilleure prise en charge des patients, faciliterait la réinsertion professionnelle en contribuant à admettre socialement ce syndrome et permettrait de renforcer la prévention de son apparition. «On connaît tous quelqu’un qui a fait un burn-out, cela montre que le problème est très vaste», indique Mathias Reynard à L’Evénement syndical. Selon le «Job Stress Index 2018» de Promotion Santé Suisse, 30% des salariés se sentiraient épuisés, avec le risque qu’ils subissent un jour un burn-out.

Opposition idéologique

Mais pour la majorité de la commission, une définition claire du syndrome n’a pas été formulée et il serait difficile de démontrer l’existence d’un lien de cause à effet entre l’activité professionnelle et un burn-out. «Ils sont en retard, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est mise d’accord sur une définition, rétorque le conseiller national. La définition même donnée par l’OMS est liée au travail. Quant à la multiplicité des facteurs, elle est déjà le cas pour les maladies reconnues.» La majorité estime aussi qu’il faut privilégier les programmes de prévention. «D’accord, mais il faudrait présenter une contre-proposition. Là, on est face à une opposition politique, idéologique. La droite réduit le burn-out à un problème personnel parce qu’elle ne veut pas d’une reconnaissance officielle. Elle craint l’obligation d’annonce, qui ferait apparaître les moutons noirs.» Si le burn-out était une maladie professionnelle, le salaire et les frais de traitement seraient en effet pris en charge par l’assurance accident, qui pourrait investiguer sur les conditions de travail de l’entreprise.

Le texte doit encore passer en plénière du Conseil national, mais le socialiste ne se fait guère d’illusion. «Ça sera balayé. La droite ne comprend pas la souffrance au travail. Dans tous les cas, je reviendrai avec autre chose. C’est la première fois d’ailleurs qu’on amène le sujet à Berne avec une proposition concrète.»