La facture aux femmes...

Le Conseil fédéral n’en démord pas. Pour assurer le financement de l’AVS à l’horizon 2030, il préconise une augmentation progressive de l’âge de référence de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. Cette dernière mesure, additionnée d’un relèvement de la TVA, devrait permettre de renflouer suffisamment les caisses pour les dix prochaines années. Aux travailleuses donc d’assumer une grande partie de l’effort nécessaire pour rééquilibrer l’assurance en trimant une année de plus. A elles de payer la facture. Une recette aussi indigeste qu’injuste, au regard notamment des disparités salariales qui frappent toujours les femmes. Une proposition de surcroît déjà rejetée à deux reprises par la population. Pour faire passer la pilule, le gouvernement prévoit des mesures compensatoires de 700 millions de francs. Dispositions provisoires qui ne concerneront que les employées en passe de poser prochainement le tablier. La formidable mobilisation du 14 juin ne semble déjà plus qu’un lointain et vague écho sous la coupole. Et l’égalité alors réclamée par un demi-million de personnes battant le pavé dans toute la Suisse interprétée d’une manière pour le moins mesquine.

Priver les femmes d’un an de retraite alors qu’elles attendent depuis des décennies d’être rémunérées aux mêmes tarifs que les hommes relève du mépris le plus total. D’autant plus que la législation supposée garantir cette égalité, bien que récemment révisée, n’améliore pas la situation en l’absence de sanctions. Mais au-delà de cette iniquité crasse, l’idée est mauvaise. Selon l’Office fédéral de la statistique, les salariées souffrent trois fois et demie plus du sous-emploi que leurs homologues masculins. Nombre d’employées âgées ont de faibles taux d’occupation alors qu’elles souhaiteraient travailler davantage. Sans oublier la difficulté de retrouver un job passé les 55 ans. Une problématique qui concerne alors les deux sexes. Pourtant, le Conseil fédéral se positionne en faveur d’une retraite flexible avec la possibilité, encouragée, de bosser jusqu’à 70 ans, des incitations financières à la clef. Ces visées laissent perplexes, sachant encore qu’il a toujours refusé d’instaurer une protection spécifique contre le licenciement de travailleurs âgés, premières victimes lors de restructurations. Et alors qu’il connaît les difficultés rencontrées par les chômeurs quinquagénaires aux espoirs de réinsertion  même pour les plus qualifiés pour le moins ténus. Difficultés encore accentuées pour les femmes perdant leur travail qui, supportant toujours la plupart des tâches familiales et de soins aux proches, présentent souvent des trous dans leur curriculum vitae. Le Conseil fédéral ne l’ignore pas puisqu’il a proposé l’introduction de rentes-pont pour les chômeurs en fin de droit dès 60 ans, sous certaines conditions. Suggestion qui, estiment les partis de gauche et les syndicats genevois, ne va pas assez loin. Ces derniers viennent de demander une modification de la Loi sur les prestations complémentaires cantonales afin que cette possibilité intervienne déjà pour les sans-emplois en fin de droit à partir de 57 ans. Requête fondée sur des chiffres évocateurs.

Au Parlement désormais de se prononcer sur la réforme de l’AVS et ses modalités controversées. Le Parti socialiste a déjà annoncé qu’il combattra le projet porté par son ministre qui, depuis longtemps, n’a de gauche plus que l’étiquette. Même opposition des syndicats. A voir alors ce qu’il restera du raz-de-marée violet qui a inspiré nombre d’élus à l’épreuve des actes...