La lutte se poursuit

Réunis dès 6h30 sur la place des 22-Cantons, les maçons se sont ensuite dirigés vers le pont du Mont-Blanc qu’ils ont occupé trois heures durant.
© Thierry Porchet

Réunis dès 6h30 sur la place des 22-Cantons, les maçons se sont ensuite dirigés vers le pont du Mont-Blanc qu’ils ont occupé trois heures durant.

Retour en images sur la mobilisation des maçons genevois, qui pourraient bien reprendre leurs actions dès le 19 novembre. Ailleurs en Suisse, le mouvement se poursuit

La lutte des travailleurs de la construction continue. Après le Tessin le 15 octobre, qui a réuni 3000 personnes, ce sont les maçons genevois qui ont pris le relais le lendemain. Jusqu’à 2500 manifestants ont défilé aux quatre coins de la ville, occupant pendant trois heures le symbolique pont du Mont-Blanc, puis passant sous les fenêtres successivement du Groupement genevois des entreprises (GGE) et de la Fédération des métiers du bâtiment (FMB), pour rejoindre le siège de la section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs (SSE). Lors d’une assemblée générale en plein air, les travailleurs ont décidé de reconduire la grève une journée de plus. Rendez-vous a donc été pris le lendemain matin, même heure, même endroit. Cela dit, avec une fréquentation moindre.

A l'issue de cette seconde journée de mobilisation, les travailleurs ont finalement suspendu le mouvement «afin de laisser une chance aux négociations nationales et cantonales». 

Toutefois, les syndicats ont donné aux patrons genevois jusqu’au 9 novembre pour revenir à la table des négociations, sans quoi, ils devront s'attendre à une semaine entière de grève à partir du 19 novembre. Les syndicats exigent qu’un accord soit trouvé rapidement sur les questions de la limitation du travail temporaire ainsi que sur la protection contre les intempéries et des travailleurs de plus de 50 ans. «A ce jour, nous n’avons eu aucun retour des patrons», rapporte José Sebastiao, secrétaire coresponsable du secteur de la construction. Contacté, Peter Rupf, secrétaire du GGE, refuse de communiquer sur la position patronale. «Les syndicats nous ont donné un délai, nous ne communiquerons rien aux médias avant l’échéance.» Nicolas Rufener, de la FMB, s’est montré, lui, plus locace dans les colonnes du Courrier du 17 octobre, affirmant que les employeurs «n’allaient pas bouger au niveau cantonal», sachant que de plus en plus de leurs membres estimaient «qu’il serait suffisant de s’aligner sur les conditions de travail de base ayant cours à Zurich».

Dans les autres cantons, la tension monte aussi. Pour rappel, les employés du secteur et leurs syndicats se battent pour défendre le maintien de la retraite anticipée à 60 ans, mais aussi pour revendiquer une augmentation salariale de 150 francs, de meilleures protections contre le dumping, les intempéries et les licenciements des travailleurs âgés. Enfin, ils refusent catégoriquement l’accroissement de la flexibilisation du temps de travail ainsi que la baisse des salaires à la suite d’un changement d’employeur. A l’heure où nous mettions sous presse, le 29 octobre, les maçons valaisans, fribourgeois, neuchâtelois et jurassiens prévoyaient de battre le pavé pour défendre leurs conditions de travail (lire notre prochaine édition). Les 5 et 6 novembre, ce sera au tour des Vaudois et de nos voisins alémaniques de hausser le ton, déterminés d’une même voix à empêcher la dégradation de leur Convention nationale.

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Les maçons genevois de retour sur le pont?

Témoignages 

Antonio Iria

Antonio Iria, président du comité du gros œuvre d'Unia Genève

«Nous sommes là pour revendiquer le maintien de la retraite anticipée à 60 ans que le patronat tente de nous retirer, pour demander une augmentation salariale de 150 francs et pour s'opposer à ces 300 heures flexibles. Sans oublier le scandale des licenciements des travailleurs âgés, réengagés en tant que temporaires. Je suis très content de cette manifestation: cette forte mobilisation montre que la colère est très étendue dans nos métiers.»

José Dandin

José Andion, préretraité

«Ça suffit! On ne peut pas continuer comme cela. Aujourd'hui, nous disons aux patrons que nous ne sommes pas d'accord avec ce qu'ils préparent. Nous refusons de revenir sur nos acquis durement obtenus. Ils doivent se rasseoir à la table des négociations et entendre nos revendications. J'ai travaillé pendant 32 ans pour la même entreprise, et les dernières années avant ma retraite anticipée, j'ai senti la pression monter et j'ai vu les accidents se multiplier sur les chantiers. Les employeurs sont en train de faire des ouvriers du bâtiment des esclaves. Cette manifestation est l'occasion pour moi de retomber sur des anciens collègues qui me disent que l'explosion de travailleurs temporaires est catastrophique. On ne peut pas travailler correctement dans ces conditions.»

Julien

Julien*, grutier depuis 10 ans

«Les employeurs essaient de faire passer des semaines de travail à 50 heures: qu'ils viennent déjà voir ce que cela représente de bosser 45 heures hebdomadaires sur les chantiers en été... Les métiers du gros œuvre sont pénibles et très difficiles. Arrivés à 50 ans, les maçons sont usés. Malgré tout, les employeurs parlent de remettre en cause la retraite à 60 ans, c'est inacceptable!

C'est surtout pour lutter contre ça que je trouve important de se mobiliser. On nous demande d'aller toujours plus vite, ce qui cause de plus en plus d'accidents. Quant aux temporaires, je n'ai rien contre eux, car nous en avons besoin pour nous adapter aux fluctuations du volume de travail, mais il ne faut pas en abuser.» 

*Prénom d’emprunt


Photos Thierry Porchet