«La mobilisation des travailleurs est historique»

Mobilisation des employés de XPO Logistics sous la pluie.
© Olivier Vogelsang

Les employés de XPO Logistics, soutenus par Unia, ont entamé leur grève le 29 juin dans le but de sauvegarder des emplois et d’obtenir un plan social digne de ce nom.

Les employés de XPO Logistics, toujours aussi déterminés, ont entamé lundi leur troisième semaine de grève. Alors que des négociations tripartites ont pu être menées, la pression est maintenue

Ce lundi, comme chaque matin depuis le 29 juin, les employés de XPO Logistics, soutenus par Unia, montent leur piquet de grève. Déterminés et quasiment au complet, comme au premier jour. «Tous les matins, on fait une petite assemblée pour partager nos impressions», explique Clevince Coquillon, délégué du personnel. «On est tous plus motivés que jamais! Et on continuera jusqu’à obtenir satisfaction.»

Ces deux premières semaines de mobilisation auront payé. «La grève aura permis de rétablir le dialogue puisque XPO Logistics et Pouly ont accepté de revenir à la table des négociations, sous l’égide du conseiller d’Etat Mauro Poggia», se réjouit Umberto Bandiera, en charge du dossier à Unia. «C’est une belle première victoire.» A l’heure où nous mettions sous presse, mardi, la quatrième et dernière séance de négociations tripartites devait avoir lieu, scellant – ou pas – un accord. «Nous espérons vivement obtenir de bonnes nouvelles pour le personnel», poursuit le syndicaliste.

Vers un plan social ?

Pour bref rappel, la multinationale américaine a procédé en mai au licenciement collectif de ses 32 collaborateurs à la suite de l’annonce de Pouly, son unique client, de mettre fin à l’externalisation de son service de livraison. Aucun plan social n’est prévu. Quant au Fournil Romand, propriétaire des boulangeries Pouly, qui s’était engagé à réinternaliser le personnel en cas de fin de sous-traitance, silence radio… C’est dans ce contexte que démarre la grève, avec des piquets installés devant XPO Logistics, puis devant des boulangeries Pouly de la place et enfin devant l’Office cantonal de l’emploi, qui doit encore statuer sur le caractère abusif, ou non, de ces licenciements. Les grévistes exigent la sauvegarde d’une partie des emplois et leur indemnisation à travers un plan social digne de ce nom. A la suite de la finalisation de l’accord, ces derniers devront décider s’ils l’acceptent, ou non. «Nous espérons vraiment que cette sortie de conflit aboutira à une solution profitable à tous», souligne Clevince Coquillon.

Mobilisation extraordinaire

Pour Umberto Bandiera, quel que soit le résultat final de ces discussions, cette grève restera historique. «Cette mobilisation est extraordinaire par sa durée et son intensité. Dans le secteur privé de la logistique et du transport, c’est clairement du jamais vu en Suisse. Grâce à cette lutte, les travailleurs auront réussi à contraindre XPO Logistics, pourtant connu pour ses positions antisyndicales, à négocier.» Et ce dans un contexte économique difficile, où les annonces de licenciements collectifs s’enchaînent. «Par ailleurs, cela montre bien le malaise qui pèse dans cette branche avec, d’un côté, des entreprises multinationales en quête de toujours plus de profit, et de l’autre, des employés aux conditions de travail précaires.»

Agir légalement

L’heure est aussi au bilan politique. D’ailleurs, cette mobilisation a reçu un large soutien de la gauche genevoise, notamment du Conseiller aux Etats Carlo Sommaruga, présent lors de la première journée de grève. «Le dispositif légal est aujourd’hui insuffisant, surtout en ces temps de crise. Il est urgent de baisser le seuil de 250 employés admis pour contraindre une entreprise de négocier un plan social.» Le Genevois plaide également en faveur de l’interdiction de licencier pour les entreprises qui reçoivent des aides de l’Etat. Et Umberto Bandiera de préciser et dénoncier: «XPO Logistics a largement profité du système de RHT pendant la pandémie, et n’a manifestement pas sauvé les emplois. L’objectif de cette mesure fédérale est pourtant très clair, à savoir préserver les emplois, pas faire des économies sur les salaires...»