La paix du travail chahutée

La colère noire des femmes, exprimée le 8 mars dernier peu après le renvoi aux calendes grecques par le Conseil des Etats de la révision de la Loi sur l’égalité, une révision pourtant minimaliste et sans contrainte, a été à l’origine du mot d’ordre de ce 1er Mai 2018: «Egalité salariale. Point final!» Si les femmes étaient très nombreuses dans les rangs de la cinquantaine de manifestations s’étant déroulées en Suisse, des blocs de maçons, d’ouvriers du second œuvre ou encore d’électriciens ont fait entendre leurs voix.

Depuis le début de l’année, la tension croît dans le secteur privé. Les négociations des conventions collectives de travail se heurtent à des revendications patronales de pur démantèlement. Chez les maçons, les entrepreneurs réclament une flexibilisation du temps de travail, poussant même jusqu’à des journées de 10 heures, soit 50 heures par semaine. Ils exigent aussi des baisses de salaire prétextant pouvoir ainsi garder les maçons âgés, qui aujourd’hui se retrouvent sur le carreau à 50 ou 55 ans, perdant leurs droits à une retraite anticipée. Un acquis fondamental, attaqué également, les patrons voulant que les travailleurs bossent jusqu’à 62 ans, ou alors qu’ils perdent un tiers de leur rente s’ils persistent à vouloir partir à 60 ans. La semaine dernière, et malgré les rangs serrés des maçons dans les cortèges du 1er Mai, les entrepreneurs persistaient dans leurs exigences sur la retraite anticipée, soutenus en cela par une décision, jugée illégale par les syndicats, de l’Institution supplétive qui a annoncé ne plus vouloir assurer les maçons durant leur retraite anticipée. Ce qui a provoqué l’émoi sur les chantiers. Or les syndicats ont des propositions pour garantir la retraite à 60 ans, même avec l’arrivé des baby-boomers. Face au mépris patronal, le ton va monter. C’est sûr. Rendez-vous est pris le 23 juin par les travailleurs de la construction qui descendront dans la rue à Zurich. Et poseront peut-être leurs outils à l’automne pour se faire vraiment entendre. Car trop, c’est trop. Epuisés par des cadences infernales, il est hors de question de lâcher sur la retraite anticipée. Et sur leurs revendications en matière de salaires, qui n’ont pas bougé depuis des années.

Même chose pour les employés du second œuvre, présents eux aussi en force le 1er Mai. Ils n’en peuvent plus de voir leur pouvoir d’achat diminuer face à des hausses incessantes de primes maladie alors qu’en six ans, ils n’ont été augmentés qu’une seule fois. Les électros étaient aussi là en force, pour dire qu’ils étaient prêts à couper le courant si leurs revendications n’étaient pas entendues. Ils le clameront à nouveau le 19 mai prochain à Zurich, lors d’une manifestation nationale au siège de l’Union suisse des installateurs-électriciens avec qui les syndicats renégocient leur CCT.

Le mépris, l’irrespect: les femmes, les maçons, les peintres, les électros ou encore les horlogers, qui se mobilisent eux aussi pour revaloriser leurs salaires, en ont assez. La colère gronde dans les rangs des travailleurs. Si les patrons font la sourde oreille, quelque chose risque bien de changer au pays de la paix du travail…