La poussière de LafargeHolcim intoxique le monde

Femme dans le village d'Ewekoro.
© Multinationales: l'enquête

Dans le village d’Ewekoro au Nigeria, la poussière de l’usine de LafargeHolcim est partout, provoquant de graves problèmes de santé.

Le cimentier est cloué au pilori par des ONG et des syndicats pour ses violations répétées des droits humains et environnementaux

LafargeHolcim serait responsable d’au moins 122 cas de pollution environnementale et de violation des droits humains dans 34 pays différents. Tel est le résultat de la recherche de Greenpeace (voir ici) sur le cimentier franco-suisse né de la fusion entre Lafarge et Holcim, et dont le siège est à Zoug. L’ONG précise que, dans la plupart des cas, le cadre légal est ignoré et les normes internationales ne sont pas respectées d’où l’importance de voter «oui» à l’initiative multinationales responsables le 29 novembre prochain. «Le recours à des technologies dépassées par LafargeHolcim ou ses filiales est souvent à l’origine des problèmes affectant les humains, les animaux et l’environnement», décrit Greenpeace dans un communiqué. Au Cameroun par exemple, sa filiale Cimencam présente un défaut technique dans le système de filtrage de la cheminée. Ce problème génère des nuages de poussières toxiques qui retombent sur le marché aux légumes juste à côté de l’usine et la population.

Au Pendjab, dans le nord de l’Inde, à Ambuja Cement, des émissions polluantes causent également des problèmes de santé, tout comme dans l’usine de Barroso au Brésil. Josef Waltisberg, ancien ingénieur d’Holcim et consultant indépendant pour les questions énergétiques et environnementales liées au processus de fabrication du ciment, cité par Greenpeace: «Les cas découverts sont explosifs et le non-respect des normes de base est indigne d’une entreprise suisse comme LafargeHolcim. Les émissions de poussières indiquées constituent un véritable gâchis. En fait, je dois dire que les normes du groupe se sont malheureusement détériorées dans de nombreux domaines depuis la fusion d’Holcim avec Lafarge.»

Violations des droits syndicaux

De leur côté, les initiants pour des multinationales responsables documentent le cas de la filiale Wapco dans le village d’Ewekoro au Nigeria. La poussière est partout. Les médecins observent des dommages à la santé: difficultés respiratoires, lésions du foie, des poumons, de la rate, et maladies oculaires. Cette situation est aussi dénoncée par Unia qui s’insurge contre d’autres violations des droits humains et environnementaux, mais aussi syndicaux (voir ici). Aux Philippines, ainsi que dans d’autres pays comme l’Inde ou la Jordanie entre autres exemples, LafargeHolcim remplace systématiquement le personnel fixe par des travailleurs employés par des sous-traitants. L’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) et le syndicat philippin Sentro ont porté plainte contre la firme auprès de l’OCDE en décembre 2019 pour son non-respect des droits des travailleurs dans leur usine de Davao aux Philippines.

Même à Paris, le cimentier LafargeHolcim fait l’objet d’une enquête pour avoir déversé dans la Seine des matériaux toxiques en septembre dernier. Un scandale écologique de plus pour la multinationale qui se défend, selon les informations de l’AFP, en disant être victime «d’un accident exceptionnel provoqué par un acte malveillant». Fait piquant, plus tôt dans l’année, LafargeHolcim était déjà accusé par Extinction Rebellion de polluer la Seine. L'entreprise avait alors assuré que ses installations répondaient «strictement aux normes environnementales et qu'aucune pollution de la Seine n'a[vait] été causée» par leur exploitation. 

Voir également Orchidées contre béton armé et création d'imaginaires et Un espoir pour les travailleurs du monde entier.

Tant de scandales

Des violations des droits humains et environnementaux par des multinationales ayant leur siège en Suisse font régulièrement scandale. Et pourtant rien ne change, ou si peu. Mentionnons quelques exemples, parmi tant d’autres. Société spécialisée dans la chimie et l’agroalimentaire, Syngenta est basée à Bâle. Elle fabrique notamment des pesticides – tels le Paraquat et le Polo – dangereux pour la santé (intoxications, cancer, maladie de Parkinson…). Elle les vend dans les pays du Sud. Alors qu’en Suisse, ces produits toxiques sont interdits.
La société minière Vale dans le canton de Vaud est responsable de deux ruptures de barrage au Brésil (Fundão en 2015 et Brumadinho en 2019) ayant causé plusieurs centaines de morts humaines et des désastres écologiques majeurs.
L’entreprise Glencore, elle, a son siège à Zoug. Entre autres catastrophes à l’actif de ses filiales dans les pays du Sud: en mars dernier, au Tchad, des fuites dans un barrage – dont la construction pour contenir des eaux usées toxiques ne répondait pas aux risques liés à la saison des pluies – a pollué une rivière. Conséquences: des habitants ont été gravement atteints dans leur santé et du bétail qui s’y abreuvait en est mort. Or, au lendemain de la rupture, des représentants de Glencore indiquaient publiquement que l’eau de la rivière pouvait toujours être consommée sans danger. Au Pérou, à Cerro de Pasco, une mine détenue par la multinationale empoisonne l’air et l’eau de plomb, d’arsenic et d’autres métaux lourds. Les enfants surtout souffrent d’anémie, de handicaps et de paralysies. L’espérance de vie y est moins élevée que dans le reste du pays. En Colombie, l’une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert du monde, du nom de Cerrejón, a généré l’expropriation de la communauté autochtone Wayúu de ses terres et la contamination de son environnement. En Zambie, en 2019, les émanations de dioxyde de souffre de la mine de cuivre Mopani étaient 77 fois plus élevées que les valeurs limites fixées par l’Organisation mondiale de la santé…