La santé pour tous et des moyens pour le personnel!

C’est bien le pire moment qu’a choisi le Conseil fédéral pour annoncer son nouveau projet de réforme de la santé. Un projet dont l’objectif est de réaliser un milliard de francs d’économies. Cela alors que les soignants sortent à peine de la tornade de la première vague du Covid-19. Un ouragan qui a révélé le courage et le dévouement exemplaires du personnel de santé, dans une situation où les salariés du secteur étaient déjà soumis à des conditions de travail exténuantes et à des sous-effectifs chroniques, après des années d’austérité, de privatisations, de fermetures d’hôpitaux, de réformes et de contre-réformes…

Il y a quinze jours, sous couvert de diminuer la charge des primes maladie pour les ménages, le ministre de la Santé Alain Berset a sorti de son chapeau de nouvelles mesures qui seraient la panacée contre la hausse des dépenses. Il prévoit d’abord d’introduire un «objectif de maîtrise des coûts» dans l’assurance maladie obligatoire. En donnant notamment le pouvoir à la Confédération et aux cantons de définir ce qu’il sera possible ou non de dépenser pour les soins. En cas de non-respect de l’enveloppe budgétaire, ce sera aux «principaux acteurs» du système de décider où et quoi couper… Les besoins en matière de santé de la population seront relégués au deuxième plan. Ce qui, immanquablement, se traduira par une baisse de la qualité et de l’accès aux soins pour les personnes n’ayant que l’assurance de base et, pour les soignants, à de nouvelles pressions dans l’exercice de leur profession.

La seconde mesure est la fin du libre choix du médecin. Chaque personne devra passer par un «premier point de contact»: médecin de famille, cabinet HMO ou centre de télémédecine... Pour Alain Berset, ce système est largement accepté puisqu’il a été choisi par 70% des assurés. Sait-il seulement combien ont opté pour cette limitation parce que leurs salaires ne permettent pas de payer des primes complètes? Et combien ont-ils «choisi» des franchises élevées pour la même raison, avec le risque de remettre à plus tard des traitements parfois vitaux? Cette limitation de l’accès au médecin, ou «porte d’entrée limitée» pour reprendre les termes du ministre, accélérera le processus déjà en cours vers la médecine à deux vitesses, une médecine de pointe pour les riches, et une médecine restreinte pour les pauvres, contraints de passer par la «porte d’entrée limitée», derrière laquelle les praticiens devront orienter les patients selon des impératifs de frein aux dépenses.

Or dans son projet de réforme, le Conseil fédéral se garde bien de parler des assureurs maladie, lesquels s’enrichissent avec sa bénédiction sur le dos des assurés. Des assureurs privés qui ont thésaurisé 9 milliards de réserves et n’ont aucune intention de les redistribuer.

Annoncer dans ce contexte un programme d’un milliard d’économies dans les soins, face à un personnel de santé exsangue, qui a été exposé en première ligne lors d’une crise sanitaire amplifiée par l’impréparation des autorités, un personnel que l’on a couvert d’éloges et de remerciements et à qui on refuse aujourd’hui toute amélioration des salaires et des conditions de travail, n’est que mépris et hypocrisie.