A la Tuilerie de Bardonnex, on ne manque pas d’idées

Les travailleurs ont présenté au président du Conseil d’Etat genevois des propositions pour sauver leur usine menacée de fermeture

La direction de Gasser Ceramic n’a pas répondu à la convocation de la Chambre des relations collectives de travail (CRCT). Les ouvriers de la Tuilerie et briqueterie de Bardonnex, qui se battent depuis cet été pour sauver leur usine menacée de fermeture, avaient saisi la CRCT en demandant l’organisation d’une véritable procédure de consultation. Mais le propriétaire de la dernière tuilerie genevoise semble trouver des avantages à la politique de la chaise vide. «En ne participant pas à la procédure de conciliation devant la CRCT, la direction de Gasser a montré un profond mépris pour cette institution genevoise», fulmine José Sebastiao, secrétaire syndical d’Unia Genève. C’est d’autant plus regrettable que les travailleurs ont une foule d’idées pour éviter que la production ne soit transférée à Rapperswil (BE) et que les 22 salariés ne perdent leur emploi.

Un document liste des pistes à étudier. La première évoque un partenariat public-privé qui pourrait être développé entre Gasser ou un repreneur, les cantons de Genève et de Vaud et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les fameuses tuiles jaunes cuites à Bardonnex couvrent nombre de monuments historiques dans la région, les collectivités publiques pourraient garantir des achats, assurer un chiffre d’affaires et sécuriser des investissements. Le site pourrait aussi passer dans les mains d’une coopérative ouvrière ou dans le giron public, par exemple dans le cadre d’une fondation, en particulier s’il était inscrit au patrimoine. L’association Patrimoine suisse a d’ailleurs demandé au Conseil d’Etat le classement de cette fabrique «unique en Suisse» et «des machines exceptionnelles qui s’y trouvent». De nombreux partenariats pourraient ainsi être conclus dans le domaine du patrimoine, de la culture en général, mais aussi de la formation ou encore du social. Des chômeurs en fin de droit ou des jeunes en rupture scolaire pourraient se former là au métier de tuilier.

Ces propositions ont été exposées le 13 octobre au président du Conseil d’Etat par les représentants du personnel. «Ce qui est important, c’est que les salariés sont à la recherche de solutions et ont élaboré des propositions concrètes pour la continuation de l’activité. Antonio Hodgers, qui s’est montré préoccupé par la situation, les a examinées avec attention et a félicité les salariés pour ce travail», explique José Sebastiao. La pétition pour le classement de la tuilerie et de son four, qui a recueilli 1300 signatures en deux semaines, a également été remise au conseiller d’Etat. Celui-ci espérait bien rencontrer la direction de Gasser.

Enfin, il faut noter qu’un architecte et retraité de l’Office du patrimoine et des sites, Yves Peçon, est en train de mettre sur pied un comité de soutien en faveur du maintien de la tuilerie. La lutte continue.