La version papier du Matin condamnée à disparaître

Un lecteur lit Le Matin
© Neil Labrador

Une image bientôt obsolète? Tamedia a refusé d’entrer en matière sur le maintien de la version papier du titre et balayé toutes les alternatives proposées par le personnel.

Malgré les propositions concrètes soumises à Tamedia lors de la procédure de consultation, l’éditeur a prononcé les licenciements. Les employés sont déterminés à réagir

Voilà déjà presque un mois que Tamedia a annoncé l’arrêt de la parution du Matin dans sa version papier. Le plan? Passer à une version 100% numérique et 100% gratuite du journal à la fin du mois de juillet. Une opération inédite pour un quotidien suisse qui coûtera leur poste à 36 employés, à la rédaction, la production, l’édition et la technique. Seule une quinzaine de places seraient maintenues pour la version web. Le syndicat Syndicom et l’association professionnelle de journalistes de Suisse Impressum sont tout de suite montés au créneau, invoquant une «véritable catastrophe», et exigeant que Tamedia revienne sur sa décision. «L’éditeur zurichois, qui se félicite d’une santé financière excellente, se comporte ainsi comme le croque-mort de la diversité de la presse en Suisse romande», dénoncent les deux partenaires dans un communiqué commun. Ils sont d’autant plus en colère qu’une procédure est actuellement en cours devant l’Office de conciliation vaudois où Syndicom, Impressum et les rédactions romandes exigent le maintien de la version papier du Matin ainsi que le gel des licenciements pendant deux ans. «Cette procédure interdit pourtant aux parties toute mesure de coercition», s’indignent-ils.

Alternatives

Dans le cadre de la procédure de consultation ouverte à la suite de l’annonce de ce licenciement collectif, les employés, soutenus par Syndicom et Impressum, ont planché sur des alternatives et demandé la prolongation du délai.

Le 21 juin dernier, la délégation du personnel, représentée par ses avocats, a communiqué à la direction de Tamedia trois projets alternatifs «sérieux» permettant d’éviter la disparition du titre et/ou de réduire le nombre de personnes touchées.

La première proposition consistait à maintenir la version papier du Matin sans supprimer d’emplois mais avec des aménagements de la politique commerciale, de distribution, de prix et de nouvelles recettes. Pour rappel, Tamedia justifie cette restructuration par l’accumulation de pertes financières depuis des années.

La deuxième option suggérait une reprise du titre par la rédaction du Matin avec des investisseurs.

Enfin, le troisième modèle prévoyait un site lematin.ch beaucoup plus développé en contenus et doté de plus de moyens pour créer «une offre digitale solide dans le monde numérique». Cette version permettait le maintien de 30 postes. Pour le reste, il avait été demandé que les employés soient replacés dans le groupe Tamedia.

Ultimatum

«Le 27 juin, Tamedia nous a répondu par courrier en nous disant qu’ils avaient bien étudié nos propositions mais qu’ils ne pouvaient accéder à nos requêtes, informe Patricia Alcaraz, secrétaire syndicale chez Syndicom. Les licenciements ont donc été prononcés le 28 juin: 36 personnes sont concernées, quatre autres se sont vu imposer une réduction de leur temps de travail.» Réunis en assemblée générale jeudi dernier, les collaborateurs ont laissé une dernière chance à Tamedia de revenir à la table des négociations. «Nous demandons également aux Gouvernements genevois et vaudois de faire pression sur l’éditeur pour éviter la suppression d’un nouveau titre», ajoute la syndicaliste. Dans la foulée, ces derniers ont fait part à Tamedia de leur souhait de rencontrer rapidement la direction générale et le conseil d’administration et de contribuer au maintien du dialogue et à la réduction du nombre de licenciements. A l’heure où nous mettions sous presse, le 3 juillet, une nouvelle assemblée devait faire le point sur la situation. «Les travailleurs décideront, ou pas, des mesures de lutte à suivre, à savoir la grève.» Si Patricia Alcaraz n’est pas étonnée de la réaction de Tamedia, elle soulève un problème démocratique. «La base est extrêmement en colère de voir qu’on ne la prend pas en considération. Et au-delà de l’aspect humain et social, cette disparition du Matin est encore un moyen de moins de s’informer et un appauvrissement du paysage médiatique romand.»