«Le bonheur, c’est ma vie!»

Nicky
© Thierry Porchet

Nicky Breitenstein, souriante, comme à son habitude.

Une nouvelle page s’ouvre pour Nicky Breitenstein, administratrice de «l’Evénement syndical», fraîchement retraitée. Avec, à la clef, mille et un petits projets

Joyeuse. Positive. Rayonnante. L’énergie communicatrice. Le sourire en prime. Nicky Breitenstein fait partie de ces personnes dont on remarque l’absence. De ces collègues et amies qui, à leur départ, laissent un vide difficile à combler. Il faudra pourtant s’en accommoder. Après avoir travaillé une dizaine d’années comme administratrice à l’Evénement syndical, la Vaudoise de 62 ans a pris sa retraite la semaine passée. Un statut qui sonne bizarrement tant cette femme a conservé sa fraîcheur et son enthousiasme. Sa vivacité et sa jeunesse d’esprit. Faisant un pied de nez au temps qui passe et à l’usure du quotidien. Pourtant, sa vie n’a pas ressemblé à un long fleuve tranquille. Et elle aurait pu, plus souvent qu’à son tour, baisser les bras. Une attitude étrangère à la personnalité de cette battante préférant toujours voir le verre à moitié plein que son contraire. Mais rien de naïf dans cette posture. La sexagénaire a le caractère bien trempé. Le verbe franc. Et ce naturel, cette authenticité si attachante.

Rêve contrarié

Fille d’une institutrice et du chef de police secours de Lausanne, puis commissaire à Yverdon, Nicky Breitenstein grandit dans un cadre strict. «Maman voulait que je devienne première de classe. Mon père ne me laissait jamais sortir. J’ai pourtant eu une adolescence heureuse», raconte celle qui projette alors de devenir professeure de sport. Un rêve contrarié par un accident de trampoline. «J’ai dû porter un corset durant six mois. Et choisir une autre voie.» Le choc. Mais pas question pour cette férue de gymnastique artistique, plongeon en piscine, ski de piste, nautique, etc., de s’apitoyer sur son sort. La sportive qui, plus que la compétition, aime aller au bout d’elle-même effectue une maturité commerciale. Après une première et courte immersion dans le monde professionnel, la diplômée se marie en 1978 et, à la naissance de sa fille, prend le parti de rester à la maison. De cette union naîtront encore deux garçons. «J’ai fait le choix de me consacrer entièrement à mes enfants. Une joie immense.» En 1990, l’image du bonheur pourtant s’effrite. Si Nicky Breitenstein divorce à l’amiable, elle refuse de toucher une pension de son ex-époux. Cette mère courage décide alors de reprendre un travail à temps partiel. Pas facile après ces longues années d’absence. «J’avais seulement connu la machine à écrire. Je ne savais même pas où enclencher l’ordinateur», se souvient la secrétaire engagée alors dans une entreprise d’informatique. «J’ai eu de la chance de tomber sur un patron compréhensif. Mais, huit mois plus tard, la boîte a fermé. Mon chef s’est accidentellement tué en voiture.» 

Patron lunatique et agression

Nicky Breitenstein retrouve un poste dans un cabinet d’architecte à Gland, où elle réside, avant de déménager à Yverdon pour se rapprocher de sa mère qui se propose de l’aider dans la garde des enfants. La secrétaire décroche alors un job dans une assurance où elle restera durant 14 ans, jusqu’à son licenciement pour restructuration. Dans l’intervalle, en 1997, elle s’est remariée. Le clan familial s’est agrandi avec l’arrivée de son époux Alec et de son petit garçon de 1 an, né d’une précédente union. «J’ai quatre enfants», se plaît à dire Nicky Breitenstein qui l’élèvera comme son propre fils, soulignant, ravie, la bonne entente de la fratrie. 

L’année 2004 marque un nouveau tournant dans la carrière de la Vaudoise, engagée par une entreprise de sanitaire et ferblanterie. Un virage difficile en raison d’un patron lunatique et d’un événement dramatique, un an plus tard. Souvenirs... Deux hommes, déguisés en pompiers, sonnent un dimanche au domicile de Nicky Breitenstein. Ils prétendent que son entreprise brûle. Et lui demandent de les suivre pour ouvrir la porte. En réalité, il s’agit de malfrats qui, déçus par la maigre recette trouvée, la rouent de coups. Et menacent de s’en prendre à son fils resté seul à la maison si elle ose, à leur départ, appeler la police. Dilemme. Attente. Peur. Puis enfin les secours. Opérations de l’épaule. Séjours répétés à l’hôpital. Séances avec une psychologue. Grâce à un mental d’acier, l’agressée surmonte l’épreuve. 

Comme les doigts d’une main

En 2009, lasse des sautes d’humeur de son chef, Nicky Breitenstein démissionne et postule, avec succès au poste d’administratrice de l’Evénement syndical. Un travail qui l’a enchantée. Par sa variété. Son autonomie. Son côté humain. Les valeurs défendues. «Mais si j’adhère au fond, vous ne me verrez pas défiler poing levé. Ce n’est pas mon truc», rigole l’élégante sexagénaire qui aura aussi ces dernières années vu son existence s’embellir avec l’arrivée de ses petits-enfants. Quatre au total, auxquels elle offre volontiers du temps. Aujourd’hui, la pétillante retraitée se réjouit de pouvoir faire plein de choses. A son rythme. Sans jouer la montre. Les boutiques avec sa sœur aimée, auxquelles ne résiste pas cette aficionada du shopping – «Mais je ne jette rien. Je recycle», précise-t-elle titillée par sa conscience. Les petits voyages dans une Suisse méconnue. Du sport à dose raisonnable. S’occuper davantage encore de ses proches – comme elle en a l’habitude, faisant preuve d’une serviabilité rare, aussi avec ses collègues. Et alors que sa plus grande peur découle de malheurs qui pourraient frapper les siens: «Je vais bien s’ils vont bien», relève encore cette femme sensible qui ne changerait pas une virgule à sa vie. Attachée à sa tribu comme les doigts d’une main. «J’ai eu, comme tous, des coups durs. Mais vécu aussi des choses merveilleuses. Je ne changerais rien. Le bonheur, c’est ma vie actuelle!» Et le nôtre de la connaître...

Nicky Breitenstein