Le compte à rebours a commencé

Une septantaine de femmes rassemblées sur la place de la Riponne à Lausanne. A l'arrière une banderole géante sur laquelle on peut lire: "J-31 Préparons la Grève féministe et des femmes à la maison, au travail, à l'école, partout. Egalité, respect, solidarité."
© Neil Labrador

Les femmes du Collectif vaudois ont rappelé sur la place de la Riponne à Lausanne leurs revendications et entonné un chant pour l’égalité. La mobilisation monte…

Mardi 14 mai, des femmes se sont mobilisées un peu partout en Suisse à «J-31» jours de la Grève des femmes

A Lausanne, les 19 revendications* du Manifeste ont été rappelées par 19 femmes sur les escaliers de la place de la Riponne. Soit, entre autres, la fin des inégalités salariales et des discriminations, la reconnaissance et le partage du travail domestique, éducatif et de soins ainsi que de la charge mentale, une réduction du temps de travail pour tous, pour une école qui ne soit plus le reflet de la société patriarcale, pour une société solidaire, sans racisme ni sexisme, sans homophobie ni transphobie...

Une banderole a été déroulée «Préparons la Grève féministe et des femmes*. A la maison, au travail, à l’école, partout. Egalité, respect, solidarité», alors que les militantes scandaient: «Grève, grève, grève et manifestation! C’est ça, c’est ça la solution!» Une septantaine de participantes de tous les âges, devant une trentaine de spectateurs et de nombreux badauds, ont ensuite entonné en chœur un chant pour la grève féministe composé par le Collectif neuchâtelois, qui manifestait lui aussi ce jour-là. Entre autres strophes revendicatrices: «Si toutes les femmes du monde font grève toutes ensemble, c’est la Terre qui se bloque, c’est la Terre qui débloque. Nous sommes filles de sorcières, quittons notre souricière, nous voulons nous gouverner, nous voulons la liberté (…). Prenons soin de la planète, dès maintenant et pour demain. Plus d’armes, ni morts, ni guerres, des ponts et pas d’frontières. Marchons toutes et soyons fières pour les femmes de la Terre. Prenons notre destin en main, pour de meilleurs lendemains.» Gageons que la bise aura porté leur message loin à la ronde.

Témoignages

Christelle Michel

«C’est un moment important que d’être là pour le compte à rebours, une occasion d’informer encore plus largement. Je vais faire tout mon possible pour préparer la grève durant ce dernier mois. Participer au collectif féministe m’a permis d’être encore plus sensible à la question, d’affiner mes positions quant aux subtilités du sexisme ordinaire, dans notre quotidien, notre couple, notre famille, au fait que tout ce qui touche au féminin est si souvent dévalorisé. Par exemple, une femme qui défend son opinion en prenant la parole de manière vive sera vite taxée de castratrice ou d’émotionnelle, alors qu’un homme sera perçu comme ayant du caractère. C’est le cas souvent en politique et dans l’espace public. Face au harcèlement de rue, lorsque l’on sort le soir, on fait attention à ce que l’on porte, à notre itinéraire, à prendre un taxi au retour. Un homme ne se pose jamais ces questions. Au musée de l’Elysée, où je travaille, nous sommes de plus en plus attentives à la représentativité des femmes photographes. Reste que les inégalités sont encore nombreuses.»


Martine Meylan

«J’espère la mobilisation la plus large possible le 14 juin, sous toutes les formes. En 1991 (elle porte le badge de la première grève des femmes, ndlr), j’avais organisé un pique-nique avec des voisines de mon immeuble et nos enfants. Je venais d’arriver à Cossonay. En campagne, ce n’était pas trop dans l’air du temps de manifester. Je me souviens du petit sourire condescendant des hommes qui nous regardaient et n’avaient pas participé à cette journée. Depuis, ça a heureusement évolué. Cette année, à Cossonay, nous organisons un stand, muni notamment de livres pour enfants qui détricotent les genres. Un fil de lessive de T-shirts aux slogans féministes devrait être suspendu et une banderole préparée avant de se rendre à la manifestation à Lausanne.»


Jenny Ros

«Je me suis toujours revendiquée féministe. Mais j’ose peu prendre la parole en public, et je me suis rendu compte il y a quelques années seulement que ce n’était pas tant un trait de caractère que celui d’avoir été socialisée en tant que femme. Ma fille est née il y a deux mois et demi. Le fait de devenir mère me fait vivre concrètement les inégalités. Mon compagnon, urbaniste dans le privé, n’a eu droit qu’à un seul jour de congé paternité. Il a pris deux semaines de vacances sur ses quatre annuelles. La nuit, c’est lui qui l’entend pleurer avant moi… donc l’instinct maternel est peut-être à relativiser. De mon côté, comme je suis en congé maternité, je suis assignée aux tâches intérieures. Lui, continue d’évoluer dans son métier. Mais j’ai beaucoup de chance, car mon employeur me paie la totalité de mon salaire de chargée de recherche pendant quatre mois, et un mois d’allaitement en plus. J’espère que ma fille vivra dans une société plus égalitaire, avec plus de partage des tâches, des congés paternité plus longs, et qu’elle ne sera jamais victime de violence ou de harcèlement. J’aimerais qu’à l’école, elle soit encadrée par des personnes sensibilisées aux questions de genre qui lui donneront des outils pour se battre.»

Comment se mobiliser le 14 juin?

La Coordination nationale des Collectifs pour la Grève féministe et des femmes* appellent toutes les femmes et les hommes solidaires à se mobiliser le 14 juin prochain. Une grève qui se veut multiforme et globale. A chacune de choisir d’arrêter le travail, de prolonger sa pause, porter un badge, s’habiller en violet, ne pas consommer et venir manifester. Et aux hommes de garder les enfants, de prendre en charge les tâches domestiques et de venir manifester solidairement. Deux moments unitaires sont prévus par les collectifs de tous les cantons qui invitent les femmes à suspendre leurs activités à 11h et à 15h24, heure à laquelle les femmes ne sont plus payées en fonction de la différence de salaires avec leurs collègues masculins.

*Incluant toute personne qui n’est pas un homme cisgenre (soit un homme qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance).

Manifeste complet, mode d’emploi et programme du 14 juin: grevefeministe2019.ch

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