Le Conseil fédéral répond en partie aux exigences des syndicats

Taxi en attente de clients.
© Thierry Porchet

Soulagement pour quelque 270000 indépendants. Les chauffeurs de taxi, les ostéopathes, les physiothérapeutes ou encore les graphistes, etc. pourront aussi demander une allocation perte de gain en raison du Covid-19.

L’Union syndicale suisse salue l’aide apportée aux indépendants et la protection accrue des salariés vulnérables. Mais la faîtière demande davantage de mesures pour préserver le pouvoir d’achat, les emplois et la santé

Mercredi 15 avril, l’Union syndicale suisse (USS) exigeait, en conférence de presse, des mesures urgentes pour soutenir de nombreux travailleurs passant encore entre les mailles du filet social à l’aune de la crise sanitaire. Le lendemain, le Conseil fédéral l’a exaucée sur deux points importants. Tout d’abord, quelque 270000 indépendants dont les activités n’ont pas été interdites mais singulièrement diminuées – chauffeurs de taxi, ostéopathes, physiothérapeutes, graphistes, entre autres métiers – pourront demander une allocation perte de gain Covid-19 rétroactivement (pour une période de deux mois). Les conditions: le revenu soumis à l’AVS doit se situer entre 10000 et 90000 francs.

Deuxième mesure: les salariés vulnérables seront mieux protégés. Si le télétravail n’est pas réalisable, ils auront la possibilité de rester à la maison, moyennant une attestation médicale. Les employeurs pourront solliciter des indemnités pour réduction de l’horaire de travail (RHT). Un soulagement pour l’USS qui a réagi à la suite de la conférence de presse du Conseil fédéral tout en réitérant quelques-unes de ses demandes: un salaire à 100% pour les personnes au bénéfice du chômage partiel lorsque leur revenu net ne dépasse pas 5000 francs, aucun licenciement ni distribution de dividendes dans les entreprises qui profitent du soutien de la Confédération, et des garanties financières pour pérenniser les structures d’accueil de jour pour les enfants.

Besoin accru de contrôles

«D’autres préoccupations restent et s’ajoutent, témoigne Vania Alleva, présidente d’Unia et vice-présidente de l’USS. Comment les mesures de lutte contre l’épidémie seront appliquées dans les branches qui vont réouvrir? Alors qu’aujourd’hui, le nombre d’inspecteurs du travail et de contrôleurs de la Suva est totalement insuffisant.»

Lors de la conférence de presse de l’USS, son président Pierre-Yves Maillard pointait du doigt des incohérences inacceptables entre les mesures drastiques prises dans la vie civile par les forces de l’ordre et celles minimes sur les lieux de travail. Il appelait à davantage de moyens pour renforcer massivement les contrôles dans l’industrie, les services, la construction…

Dès le 27 avril, des contrôles devront donc aussi être menés dans les salons de coiffure, les instituts de beauté et de tatouages, les magasins de bricolage, les jardineries et les fleuristes.

La deuxième phase d’assouplissement des mesures de confinement est prévue le 11 mai, avec la réouverture des écoles obligatoires, de tous les magasins et des marchés. Elle sera suivie d’une troisième phase le 8 juin avec la remise en activité des musées, des bibliothèques, des jardins botaniques et des zoos… Toutefois, comme le précise le gouvernement, «le passage d’une étape à l’autre n’aura lieu que s’il n’y a pas d’augmentation significative des cas de Covid-19». Sur le choix des autorités, Vania Alleva souligne: «En tant que syndicat, nous ne sommes pas les experts de la pandémie. Les autorités ont fait des choix. Ce qui est déterminant pour nous, c’est que les mesures sanitaires qu’elles ont définies soient appliquées sur les lieux du travail et que la santé des travailleuses et des travailleurs soit protégée. Nous sommes sur le terrain pour le vérifier. Quand les mesures ne sont pas respectées, le travail doit être arrêté.»

Sauver les emplois

La sauvegarde des emplois et du pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations des syndicats. Ceux-ci demandent notamment une prise en charge des primes d’assurance maladie par la Confédération. «Une mesure qui aurait un impact direct sur le pouvoir d’achat, estime Vania Alleva. De surcroît, les entreprises qui ont bénéficié du chômage technique ou d’un crédit de la Confédération ont une responsabilité sociale et doivent renoncer à tous licenciements.» Si les temporaires peuvent en principe toucher le chômage technique, la présidente d’Unia souligne que nombre d’entre eux ont été tout simplement congédiés sans qu’aucune demande n’ait été faite par leur employeur. Elle déplore aussi que les employées de maison et les sans-papiers ne soient toujours pas soutenus.

Pour l’USS, les personnes proches de la retraite doivent également bénéficier d’une plus grande protection contre le licenciement, tout comme les personnes vulnérables. Alors que le nombre de chômeurs a pris l’ascenseur depuis mars.

L’USS précise aussi que l’absence durable des grands-parents dans la garde des enfants (ce qui représenterait 50000 places, soit 160 millions d’heures de garde) doit être compensée par la création de places d’accueil et la poursuite de l’allocation perte de gain pour parents.

La faîtière syndicale exige toujours la fin des dérogations sur la Loi sur le travail, notamment dans les soins et le commerce de détail. «Nous devons lutter contre toute forme de dérégulation, notamment des horaires. Au besoin, les entreprises doivent engager le personnel nécessaire. Ce point est essentiel, car certaines risquent de mettre sous pression les salariés pour vouloir rattraper les écarts de production», alerte Vania Alleva. Quant à la création d’emplois dans une perspective de transition écologique? «Cela sera nécessaire pour la suite, mais nous n’en sommes pas encore là. Il s’agit pour l’heure de mettre en place une stratégie de stabilisation, sauvegarder la santé, les postes de travail et le pouvoir d’achat.»

Diminution de la redevance

Le Conseil fédéral a décidé de diminuer la redevance radio/tv (média) pour les ménages à hauteur de 30 francs dès 2021 et d’introduire des tarifs différenciés pour les entreprises. La nouvelle redevance a en effet rapporté davantage que l’ancien système Billag. Parallèlement, le gouvernement augmente son aide à la SSR à hauteur de 50 millions de francs. Il double aussi son apport financier de 2 à 4 millions à l’agence de presse Keystone-ATS. Toutefois, la SSR s’attend à un recul de ses recettes. Globalement, l’Union syndicale suisse (USS) rappelle dans un communiqué que la crise des médias préexistait à la pandémie. Et cette dernière a encore aggravé la situation: «Les recettes publicitaires fondent comme neige au soleil et une inversion de cette tendance est improbable.» Et de conclure: «Pour l’ensemble des médias, les perspectives sont extrêmement précaires pour les années à venir: une action des pouvoirs publics restera nécessaire.»