Le PF17 fribourgeois ne convainc pas la gauche et les syndicats

Le Conseil d’Etat ressort de son chapeau un taux d’imposition des entreprises extrêmement bas

Dans le canton de Fribourg, les syndicats et les partis de gauche rejettent résolument les objectifs fiscaux du Conseil d’Etat. Début juillet, celui-ci a présenté sa stratégie de mise en œuvre cantonale du Projet fiscal 17 (PF17). Le gouvernement maintient sa volonté d'abaisser le taux d'imposition des sociétés de 19,86 à 13,72%, comme déjà prévu dans le cadre de la RIEIII (3eréforme de l’imposition des entreprises), refusée par 63% des Fribourgeois. L'exécutif évalue les pertes de recettes fiscales annuelles à 40,5 millions de francs pour le canton et 33 millions pour les communes et les paroisses. Pour tenter de faire passer la pilule, il promet une enveloppe de 30 millions pour augmenter les allocations familiales de 20 francs par mois et d’autres mesures consacrées aux crèches, à la formation professionnelle et aux subsides maladie.

Vendredi 24 août, au cours d’une conférence de presse, Armand Jaquier est intervenu pour critiquer la «pingrerie» du Conseil d’Etat, qui ne propose qu’une «modeste augmentation des allocations familiales alors que, depuis dix ans, elles n’ont progressé que de 15 francs». «L’amélioration des allocations ne peut être une compensation, c’est un besoin pour les familles fribourgeoises», a tranché le secrétaire régional d’Unia Fribourg entouré des représentants de la gauche et des syndicats. Le député socialiste a aussi dénoncé la «poudre aux yeux» que constituent les subventions maladie, «entièrement payées par la Confédération», et la «présentation trompeuse» des mesures en faveur de la formation professionnelle: «Les cours interentreprises sont déjà à la charge des entreprises formatrices. Le Conseil d’Etat prévoit de faire participer les entreprises qui ne forment pas d’apprentis. Il ne s’agit là que d’un rééquilibrage du financement entre employeurs et en aucun cas d’un financement supplémentaire.» Enfin, en ce qui concerne les 5 millions à destination de l’accueil extrafamilial, Virginie Burri, secrétaire syndicale du SSP, relève que le gouvernement en liant cette aide à la réforme fiscale opère un «chantage»: «Il fait de la rétention de moyens qui auraient dû bénéficier depuis longtemps déjà aux familles et montre ainsi clairement que les exigences de quelques entreprises passent avant les besoins de la population.»

Les mesures proposées n’emportent donc pas l’adhésion des forces progressistes, qui exigent une réforme équilibrée, tant sur le plan du maintien des recettes fiscales que des prestations à la population, ce qui situerait, selon elles, le taux d’imposition au-dessus de la barre des 16%. Président du PS fribourgeois, Benoît Piller relève qu’en l’état, la réforme provoquera «d’importants manques de ressources pour les budgets futurs» et une «spirale néfaste». «Fribourg doit mettre en avant ses atouts avant de pratiquer du dumping fiscal. Nous pouvons offrir du personnel qualifié, multilingue, nous avons une université de renom et des hautes écoles, ce qui nous donne un potentiel appréciable pour la recherche et le développement. La situation du canton, placé sur des axes importants de communication, contribue à cette attractivité.» 

Le Conseil d’Etat devrait finaliser son message sur le PF17 cantonal en octobre, après la décision des Chambres fédérales sur la réforme nationale. Il est prévu que le Grand Conseil fribourgeois l’examine d’ici à la fin de l’année.