Le plus gros procès de militants climatiques aura lieu à Fribourg

Action devant Fribourg Centre.
© Neil Labrador/Archives

Le 29 novembre 2019, à Fribourg, Extinction Rebellion et la Grève du climat ont mené une action symbolique et pacifiste afin de dénoncer la surconsommation, source de réchauffement climatique.

A la suite d’une manifestation tenue pendant le Black Friday en 2019, 32 prévenus ont fait opposition aux ordonnances pénales. Ils comparaîtront devant le juge fin mai

Depuis plus d’une année, les procès climatiques se succèdent, notamment dans les cantons de Vaud et de Genève. A partir du 25 mai, ce sera au tour du Tribunal de la Sarine à Fribourg d’écouter des militants écologistes d’Extinction Rebellion (XR) et de la Grève du climat (GdC) condamnés à des peines d’amendes pour manifestation non autorisée, troubles à l’ordre public et oppositions aux injonctions de la police. Le procès est collectif puisque 32 prévenus sont appelés à comparaître. Une dizaine d’avocats romands les défendront, dont deux avocates vaudoises ayant participé au procès très médiatisé des joueurs de tennis burlesques dans les locaux de Credit Suisse à Lausanne. Plusieurs scientifiques, notamment issus du GIEC, sont prêts à apporter leur expertise lors de l’audience. «Faut-il condamner des lanceurs d’alerte ou écouter les scientifiques et se questionner sur l’incitation à la surconsommation?» est la question de fond pour XR et la GdC qui ont organisé une conférence de presse la semaine dernière pour annoncer ce procès hors norme. Celui-ci fait écho à ceux qui se sont déroulés à Lausanne et à Genève à la suite d’actions dénonçant les investissements nocifs de Credit Suisse. Dans ces procès, l’état de nécessité licite a été au cœur des plaidoiries. Autrement dit, une action de désobéissance civile est-elle légitime au vu de l’urgence du réchauffement climatique? En première instance, les juges vaudois et genevois ont répondu par l’affirmative. Mais en seconde, dans le cas vaudois, le Tribunal cantonal a rejeté cette conclusion. La balle est maintenant dans le camp du Tribunal fédéral.

Block Friday

Pour l’heure, revenons sur ce 29 novembre 2019. Devant le centre commercial Fribourg Centre, une cinquantaine de militants écologistes s’enchaînent à des caddies et bloquent l’entrée principale, pendant que d’autres déambulent en silence vêtus de toges rouge-sang – symbole des espèces en voie d’extinction. L’objectif: dénoncer la surconsommation du Black Friday, avec en ligne de mire les industries du textile et de la high-tech, désastreuses pour l’environnement.

Eric Ducrey, militant syndical d’Unia et de XR, explique: «On ne peut pas parler de blocage du centre, puisque seulement une entrée sur quatre était bloquée. Les trois autres portes étaient toujours accessibles. L’important était de dénoncer une fois de plus la situation d’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons. Nous avions mené des actions – comme un enterrement de notre futur devant le Parlement ou des sit-in – mais sans atteindre ce retentissement. Ce procès, on le voulait, pour pouvoir exprimer plus largement nos revendications.»

Pour les avocats, il s’agit aussi de souligner que «la Convention européenne des droits de l’homme protège la liberté d’expression et de réunion et interdit aux autorités de poursuivre pénalement des citoyens qui manifestent pacifiquement pour faire passer un message politique».

Un acte citoyen

Dans le communiqué de XR et de la GdC, Zélie, prévenue âgée de 25 ans, étudiante en sciences sociales, affirme: «Je ne prends pas le risque de devoir payer des amendes et d’avoir un casier judiciaire par plaisir ou par fierté. C’est pour moi, un acte citoyen et nécessaire. Je me rends compte de plus en plus de l’ampleur du dérèglement climatique et de la réaction inadaptée de notre société. J’ai peur pour notre avenir.»

Me Sansonnens, un des avocats, estime quant à lui: «Dans ces conditions d’urgence climatique, je trouve choquant que de jeunes activistes remplis d’idéaux se voient renvoyés devant un juge pénal comme le seraient de vulgaires malfrats. On devrait les remercier de nous faire prendre conscience de nos comportements si peu en adéquation avec l’écosystème dont nous faisons partie.» Son collègue, Me Nussbaumer, se réjouit du soutien de douze scientifiques dont Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du GIEC, Julia Steinberger, professeure à l’Unil et co-autrice d’un rapport du GIEC ou encore du Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet. Ils sont tous prêts à témoigner lors du procès, s’ils sont acceptés par le juge. Eric Ducrey lance: «La justice est le troisième pouvoir. Et elle a le devoir de faire respecter la Constitution qui prévoit le droit à un environnement sain. Or le réchauffement climatique fait déjà des morts.» Le militant ne perd pas espoir: «Quand la justice écoute les experts, les militants sont acquittés.»