Le salaire minimum jurassien entre en force

Tracts sur lesquels on peut lire: "Stop aux salaires de misère!"
© Pierre Noverraz / archives

En mars 2013, Unia a fait campagne contre les revenus de misère. Il aura fallu dix ans pour que se concrétise l’initiative «Un Jura aux salaires décents».

Dix ans après son dépôt, l’initiative «Un Jura aux salaires décents» se concrétise enfin

Le salaire minimum jurassien entre en force ce samedi 1er février. Les employeurs ont désormais l’obligation de payer l’heure de travail 20 francs au moins. Il aura fallu dix ans pour que se concrétise l’initiative «Un Jura aux salaires décents», lancée par la Jeunesse socialiste et progressiste et plébiscitée par le peuple en mars 2013. Pour mémoire, la votation fut suivie de quatre années de débats, de tergiversations et de manœuvres dilatoires des autorités avant que le Parlement ne finisse en novembre 2017 par voter une loi d’application, qui accorda encore un délai de deux ans aux patrons pour s’y conformer.

«Le montant de 20 francs a été posé comme un cadre, les employeurs ont eu le temps de corriger et les travailleurs savent en postulant à quel salaire minimum ils peuvent prétendre», note la secrétaire régionale d'Unia Transjurane. «Vingt francs, cela correspond, pour un emploi à plein temps, au seuil minimum permettant à une personne seule de vivre de son activité professionnelle sans devoir recourir à l’aide sociale. En-dessous de cela, on ne peut pas parler de travail décent, ce n’est donc pas un cadeau et cela ne va pas mettre l’économie en péril», souligne Rébecca Lena.

Pas facile de dénoncer son patron

Selon le communiqué de la Chancellerie jurassienne, «l’impact concret de la loi ne devrait pas être significatif» dans la mesure où «la grande majorité des salaires est supérieure au salaire minimum cantonal». Le nombre de travailleurs concernés par le nouveau dispositif n’est pas connu. Publié l’année dernière par le gouvernement, le Rapport social a montré qu’un Jurassien sur dix vivait une situation de pauvreté. «Dans la région, des salaires en-dessous, il y en a, c’est un fait, ça concerne tout de même un certain nombre de personnes. Mais nous n’avons reçu jusqu’à présent que quelques demandes d’informations et je ne pense pas que nous croulions sous les sollicitations», indique Rébecca Lena, qui pointe l’absence dans la nouvelle loi de contrôles sur l’application du salaire minimum. «La responsabilité repose entièrement sur l’employé, qui doit entreprendre des démarches. Et l’on sait qu’il est compliqué de dénoncer son employeur lorsqu’on veut conserver son emploi. Malheureusement, c’est souvent après un licenciement que l’on se rend compte qu’il existait un problème», regrette la responsable syndicale.

«Les travailleurs qui s’adressent à nous évitent cependant de se confronter à leur patron. Nous avons l’expérience d’agir sans mettre en danger la place de travail, même si c’est parfois compliqué. Nous sommes à la disposition de nos adhérents pour les informer, les aider et entreprendre au besoin des corrections. Nous donnons actuellement des formations à l’interne afin de pouvoir calculer les salaires minimums au plus juste. Les personnes qui ne sont pas membres peuvent, elles, passer à l’une ou à l’autre de nos permanences pour se renseigner et il ne leur est pas interdit d’adhérer à notre syndicat.»

«L’entrée en force du salaire minimum est un premier pas, un énorme pas, conclut la responsable syndicale. Il faut maintenant le laisser vivre et si, à l’avenir, nous constatons des difficultés dans son application, nous demanderons que soient mises en œuvre des mesures et une politique proactive du canton.»

Après le Jura, le Tessin

Le Jura est le deuxième canton à se doter d’un salaire minimum. Neuchâtel a joué le rôle de pionnier en 2017 en fixant là aussi une rémunération horaire minimale de 20 francs indexée sur le renchérissement. 2700 personnes ont bénéficié du dispositif. Après le Jura, le Tessin sera le troisième canton à introduire le dispositif. A la suite de l’adoption en votation d’une initiative des Verts en 2015, le Grand Conseil tessinois a voté en décembre dernier une loi d’application. Un salaire horaire minimum de 19 à 19,50 francs selon la branche économique sera appliqué à partir de 2021 et augmenté graduellement sur une période de trois ans pour atteindre une fourchette comprise entre 19,75 et 20,25 francs.

Genève et Bâle suivent

Genève sera peut-être le quatrième canton sur cette liste. Le peuple est en effet appelé à se prononcer le 17 mai prochain sur l’initiative syndicale «23 francs, c’est un minimum!». Une initiative similaire a été déposée à Bâle-Ville par un comité composé de la gauche et des syndicats. En décembre, le Conseil d’Etat s’est prononcé en faveur du texte pour autant que le montant ne dépasse pas 21 francs. Le gouvernement du canton ville se réfère à un arrêt du Tribunal fédéral de 2017 selon lequel le salaire minimum cantonal doit se limiter à couvrir les besoins vitaux pour rester compatible avec le principe de liberté économique garanti par le droit fédéral.