Le secteur des soins se porte mal

Des travailleurs Unia en conférence de presse
© Neil Labrador

L’enquête d’Unia présentée vendredi à la presse révèle une situation alarmante au niveau des soins. Comme l’a souligné Yolande Peisl-Gaillet (à gauche): «au nom de la rentabilité, on rationnalise, on comprime les coûts, on coupe dans les budgets, tout en fermant les yeux sur les effets désastreux sur les conditions de travail et la qualité des soins».  

Soumis à des conditions de travail pénibles, sous pression, près de la moitié du personnel soignant envisage d’abandonner la profession, comme le révèle une enquête d’Unia

Le diagnostic est sans appel. Le secteur des soins va mal. Son personnel souffre de maux divers qui se répercutent sur le bien-être des patients. Une situation révélée par une enquête d’Unia menée entre la mi-octobre et le 31 janvier dernier dont une grande partie a été réalisée en ligne. 2935 personnes – réunissant 93% de femmes et englobant près de 1200 employés travaillant dans les soins de longue durée – ont participé à la recherche. Les conclusions ont été présentées vendredi dernier lors d’une conférence de presse à Berne. Stress, épuisement, perte de sens, manque de moyens pour accomplir sa tâche, problèmes de santé... expliquent les raisons pour lesquelles près de la moitié des travailleurs du domaine envisagent clairement de renoncer au métier avant l’âge de la retraite. «Ce résultat est effrayant, car la pénurie de personnel soignant est un gros problème», s’est inquiété Samuel Burri, responsable de la branche des soins d’Unia, notant que la majorité des sondés ont 30 ans et moins. Effrayant et révélateur de conditions de travail difficiles. Les 86% des participants affirment se sentir régulièrement fatigués, voire sur les rotules; 72% mentionnent des problèmes physiques; la quasi-totalité des interviewés (92%) affirment par ailleurs que la qualité des soins souffre d’une pénurie de personnel et de pressions dictées par une volonté d’économiser; 87% d’entre eux signalent encore ne pas disposer de suffisamment de temps pour les résidents. Situation d’autant plus délicate à gérer que nombre de professionnels ont opté pour cette voie en raison de son aspect humain, envisageant plus souvent leur activité comme une vocation que comme un travail.

Rémunérations inappropriées

«J’aime mon métier, car le contact humain est enrichissant et j’apprends beaucoup de nos anciens... Toutefois, dans ce milieu, il faut toujours aller plus vite avec moins de moyens...» observe, dans la recherche menée par le syndicat, une jeune assistante en soins et santé communautaire. «Au bout de trois ans seulement, relève de son côté une infirmière de 30 ans, je pense déjà à faire autre chose. Ce qui est désolant après avoir fait des études pareilles. Pourtant, malgré le travail difficile dû aux horaires, à la charge importante qui nous fait cumuler les heures supplémentaires et surtout faire face à la maladie de nos patients, c’est un métier qui pourrait être fabuleux. Je n’ai pas envie d’en changer mais je ne veux pas y laisser ma santé ou mes projets de vie.» Les bas salaires sont aussi pointés du doigt par les participants. Les 79% d’entre eux jugent leur rémunération inappropriée. Un chiffre qui grimpe à 86% chez les aides-soignants. «Cela n’a rien d’étonnant avec, pour cette catégorie d’employés, des montants mensuels à plein temps oscillant entre 3800 et 4200 francs dans la majorité des cantons.» Une somme pour le moins limite, sachant que le taux d’occupation moyen de ces travailleurs s’élève à 72%. «Il en résulte un revenu brut de 2880 francs par mois...» Et impossible le plus souvent pour ces travailleurs de trouver une activité complémentaire, la plupart des entreprises souhaitant disposer de leurs collaborateurs 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Métiers peu valorisés

La question de la planification du temps de travail et des modèles fréquents d’annualisation de ce temps suscite aussi les critiques de sondés. Avec un personnel devant faire des heures supplémentaires ou se retrouvant avec des heures négatives quand les taux d’occupation des structures de soins baissent. Un procédé qui s’apparente à du travail sur appel, exigeant une grande flexibilité des salariés. Et laissant peu de temps pour la vie privée.

«Au nom de la rentabilité, on rationnalise, on comprime les coûts, on coupe dans les budgets, tout en fermant les yeux sur les effets désastreux sur les conditions de travail et sur la qualité des soins et de l’accompagnement», a insisté Yolande Peisl-Gaillet, responsable de l’égalité du secteur tertiaire d’Unia. La syndicaliste a également souligné le fait que le personnel soignant réunit majoritairement des femmes (87% selon l’Office fédéral de la statistique). Situation qui découle directement de stéréotypes et source de discriminations. «Les métiers dits féminins sont moins bien considérés», a dénoncé la collaboratrice d’Unia rappelant au passage que les femmes perçoivent toujours des revenus de 20% inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. Et Yolande Peisl-Gaillet d’appeler à plus de respect, de temps et d’argent pour le personnel et les patients. Revendication qui sera aussi portée lors de la grève des femmes, le 14 juin.

 

Les remèdes d’Unia

Au regard des résultats alarmants de l’enquête, Unia a formulé plusieurs revendications. Le syndicat demande aux entreprises concernées des améliorations concrètes des conditions de travail du personnel. Plus précisément, il plaide pour la suppression de l’annualisation du temps de travail, et des plannings et systèmes de rotation d’équipes équilibrés. Les salariés devraient aussi être payés lorsqu’on change à court terme leurs horaires de travail – «Ils n’ont pas à subir les problèmes organisationnels, à supporter les risques entrepreneuriaux». La question des salaires doit aussi être abordée, avec des rémunérations «justes, qui suffisent pour vivre, aussi pour les personnes ayant des taux d’occupation réduits». Unia réclame encore davantage de personnel et plus de temps pour les résidents. Un objectif qui ne pourra être atteint sans «un plan de financement équitable des soins». Enfin, le syndicat demande aux employeurs d’ouvrir «un dialogue d’égal à égal» avec les soignants et leurs syndicats.