Le virus a eu la peau de 255 millions d’emplois

L’Organisation internationale du travail dresse, dans son dernier rapport, un bilan inquiétant de la situation du marché de l’emploi

En 2020, la pandémie aura eu la peau de 255 millions d’emplois équivalents plein-temps dans le monde. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), qui a présenté ces chiffres la semaine dernière à Genève, les heures travaillées ont reculé de 8,8% (pour une base horaire hebdomadaire de 48 heures) par rapport à 2019. Ces pertes ont été environ quatre fois plus importantes que pendant la crise de 2009 et particulièrement marquées en Amérique latine et dans les Caraïbes, en Europe du Sud et en Asie du Sud. La branche la plus touchée est l’hôtellerie-restauration, pour laquelle l’emploi a baissé de plus de 20%. 114 millions d’emplois ont été purement détruits, c’est «sans précédent», a indiqué l’organisation dans un rapport. Les pertes d’emplois ont été plus élevées chez les femmes que chez les hommes et plus importantes pour les jeunes par rapport aux salariés plus âgés. Ces déperditions se sont traduites essentiellement par une hausse de l’inactivité plutôt que du chômage, qui augmente tout de même de 33 millions de personnes. La population active dans le monde s’est réduite de 2,2 points pour passer à 58,7%. Les pertes en revenus du travail ont fondu de 8,3%, soit 3300 milliards de francs et 4,4% du PIB mondial de 2019.

Les incertitudes économiques restent élevées; pour 2021, l’OIT prévoit encore un recul des heures travaillées compris entre 1,3% et 4,6%, touchant là encore surtout l’Europe, les Amériques et l’Asie. Tout dépendra du contrôle de la pandémie et de la confiance de la part des consommateurs et des entreprises.

Reprise centrée sur l’humain

Pour faciliter la reprise économique, l’institution formule toute une série de recommandations: des mesures de relance budgétaire, de soutien aux revenus et à la promotion des investissements; des mesures ciblées concernant les femmes, les jeunes, les personnes peu qualifiées et les travailleurs faiblement rémunérés, ainsi que les autres catégories de personnes fortement touchées par la crise; un soutien international à destination des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire; ou encore l’encouragement du dialogue social pour créer une économie plus inclusive, plus équitable et plus durable. «Nous sommes à la croisée des chemins, a prévenu le directeur de l’OIT, Guy Ryder. L’un d’entre eux mène vers une reprise économique inégale, non durable, une reprise teintée d’inégalités grandissantes et d’une instabilité croissante, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles crises. L’autre chemin, lui, passe par une reprise centrée sur l’humain afin de mieux reconstruire en donnant la priorité à l’emploi, aux revenus et à la protection sociale, au droit du travail et au dialogue social.»