«Les Gilets jaunes mettent en lumière les manques des syndicats»

Manifestation
© Keystone/Christoph Hardt/Geisler-Fotopres

Cinquième samedi de mobilisation des Gilets jaunes, le 15 décembre dernier, sur les Champs-Elysées.

Pour le syndicaliste français Gaël Quirante, le rôle des directions syndicales est d’appeler à une grève générale

 «Ce n’est qu’un début, continuons le combat»: ce slogan de Mai 68 est-il d’actualité après l’intervention télévisée du président Emmanuel Macron en début de semaine dernière, qui a notamment annoncé une revalorisation de 100 euros du Smic, le salaire minimum? Nous avons voulu prendre le pouls de la fraction la plus combative du mouvement syndical français et joint Gaël Quirante peu avant qu’il n’entre au Tribunal de Versailles pour une audience. Ce secrétaire syndical départemental de Sud-PTT, syndicat rattaché à l’Union Solidaires, est en conflit avec La Poste, qui l’a licencié au printemps dernier en l’accusant de séquestration pour avoir participé à une occupation de locaux de la direction en 2010. Le facteur est par ailleurs l’un des animateurs du Front social. Cette coordination, qui réunit une centaine de sections syndicales parmi les plus dynamiques de la CGT, de Sud et de la CNT, avait organisé les premières manifestations au lendemain de l’élection de Macron.

Est-ce que la grève lancée par solidarité à la suite de votre licenciement se poursuit?

Oui. C’est un mouvement inédit et historique puisqu’il y a toujours 20% des facteurs et des factrices de mon département des Hauts-de-Seine qui sont en grève reconductible depuis le 26 mars dernier. Je suis licencié de l’entreprise, mais les tribunaux ont reconnu jusqu’à présent que je peux être représentant des postiers et des postières. Ça agace tellement La Poste qu’elle tente par un procès de remettre en cause ma liberté de circulation dans les centres de La Poste des Hauts-de-Seine et mon mandat de représentant syndical.

Comment jugez-vous les annonces du chef de l’Etat?

La mobilisation des Gilets jaunes et son impact sur l’ensemble du monde du travail et de la jeunesse oblige le président et le gouvernement à se positionner sur la question du pouvoir d’achat. Mais le compte n’y est absolument pas. Ce qui est proposé là n’est pas une augmentation de salaire, mais correspond juste à l’inflation et à une hausse accélérée de la prime d’activité (allocation en faveur des travailleurs modestes, ndlr), et cela ne concerne pas tous les salariés. Le but est de calmer la mobilisation, mais ça montre que ce gouvernement, qui voulait paraître d’une extrême fermeté, capable de maintenir son cap, se retrouve en difficulté lorsque les mobilisations sont fortes, déterminées et non domestiquées.

Comment se situent les syndicats face à ce mouvement social? Finalement, est-ce que vous n’auriez pas souhaité que les Gilets jaunes soient rouges?

Ce n’est pas la question, je ne regrette pas ce que les Gilets jaunes sont. Pour moi, ce sont les syndicats qui devraient être un peu plus rouges… Les directions syndicales devraient appeler à la grève. C’est ce qu’ont fait les lycéens et les étudiants avec leurs propres revendications contre la sélection à l’entrée de l’université et Parcoursup (application en ligne d’orientation des bacheliers vers les formations supérieures, ndlr). Ce qui est grave, c’est que les directions syndicales, à l’exception de Solidaires, ont montré leur pire visage en participant à des discussions avec le président et le gouvernement. Au contraire, notre rôle doit être d’appeler à la grève, à sa généralisation, sa massification, à construire un mouvement d’ensemble, une grève générale qui permette de faire basculer les revendications pour une hausse des salaires et des pensions, c’est ça qui est en jeu.

Si l’on vous comprend bien, vous appelez à une grève générale comme en Mai 68?

Il arrive un moment où, malgré toute la force et la colère exprimées par les Gilets jaunes, il y a un seuil, ou un pic, qui doit être atteint. Qu’est-ce qui peut faire que le gouvernement recule et qu’on gagne de manière significative sur la question des salaires et des conditions de travail, si les salariés ne se mettent pas en branle? Cette question de la grève générale est décisive, mais, à part Solidaires, elle n’est pas encore d’actualité pour les directions syndicales. Ce mouvement des Gilets jaunes met en lumière tous les manques des directions syndicales, qui ont depuis trop longtemps accepté, sous prétexte de dialogue social, toute une série de régressions menées par les gouvernements successifs.