Les héros sont parmi nous

Sylvie Dupraz, Sandrine Rollinet et Cinzia Sigg assises autour d'une table.
©Neil Labrador

Sylvie Dupraz, Sandrine Rollinet et Cinzia Sigg (de gauche à droite) réunies au WWF à Lausanne, où elles se sont connues lors de leur formation de conseil en environnement.

Deux courts métrages mettent en lumière des citoyens de Vevey et d’Yverdon-les-Bains, acteurs de la transition écologique, à leur échelle. Inspirant

Des Héros ordinaires. Le nom de l’association créée par Cinzia Sigg, Sylvie Dupraz et Sandrine Rollinet est aussi celui de leurs documentaires. Objectif: mettre en lumière des citoyens en transition, qui œuvrent à un monde plus écologique et plus solidaire. Le premier tournage s’est déroulé à Vevey dans le cadre de leur formation de conseillères en environnement, le second à Yverdon. «Dans cette période où la communication est intense, nous avions envie d’être un canal pour des personnes qui créent plein de choses formidables à leur échelle», relève Cinzia Sigg, inspirée comme beaucoup par le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent. «Avant celui-ci, les documentaires écologiques étaient catastrophistes. Demain a rendu espoir. Pour se mettre en action, on a besoin de positif», souligne Sandrine Rollinet. «Voir qu’un citoyen lambda transforme son mode de vie peut donner envie de se mettre en chemin.»

Sans grande théorie, ni discours moralisateur, ni leçon, le message se veut simple: «Tout le monde peut être un héros ordinaire.» Que ce soit en posant des panneaux solaires, en tendant vers le zéro déchets, en se lançant dans la permaculture, en créant une cantine bio pour les enfants ou un ukulélé avec une boîte à biscuits…

«Ce sont des personnes ni connues, ni professionnelles, ni politiciennes. Elles nous ressemblent. Si mon voisin peut le faire, moi aussi!» précise Sylvie Dupraz.

Cette démarche permet également de relier des personnes d’horizons différents. «Quel que soit le domaine, ces héros nous rappellent que l’on peut faire du bien autour de soi. Notre vision est clairement humaniste», ajoute-t-elle.

En recherche de sens

Toutes trois se sont rencontrées lors d’une formation continue en conseil en environnement. Leurs motivations? «Sauver le monde!» lance Cinzia Sigg, graphiste de métier. «Il y a encore un peu de travail», sourit la jeune femme qui fait sa part en consommant très peu, en privilégiant le bio, la nourriture végane, la réparation plutôt que l’achat, et en limitant ses déchets… «Je voulais faire quelque chose pour la planète», ajoute Sylvie Dupraz, travailleuse sociale salariée et indépendante dans la gestion de projet. Tout comme elles, Sandrine Rollinet jongle avec plusieurs activités professionnelles et mandats. Infirmière de métier, puis infirmière-cheffe et cheffe de projet, elle propose du consulting dans plusieurs entreprises. «Je me suis lancée dans cette formation, car je recherchais du sens.»

En 2017, en s’associant à la ville de Vevey, dans le cadre de l’Agenda 21, les trois étudiantes se lancent dans le tournage avec un réalisateur professionnel, Cesare Maglioni, pour les sept portraits vidéo (de trois minutes environ chacun), et une photographe, Sarah Vez, pour les huit portraits photographiques accompagnés de textes. Rebelote avec sept portraits d’Yverdonnois en 2018.

A chaque fois, femmes et hommes de tous âges et de toutes classes sociales présentent leur projet écologique. «Ces gens sont très différents, ce qui permet, on l’espère, à un maximum de spectateurs de s’identifier», note Sylvie Dupraz. Christian, par exemple, a transformé peu à peu la pension dont il est propriétaire pour rendre le bâtiment le plus solaire et le plus écologique possible. «Alors que c’est un domaine très technique et abstrait, il réussit à parler de l’énergie avec émotion», s’exclame Sandrine Rollinet, admirative.

«Jean-Marc, banquier à la retraite, offre son temps aux Jardins du cœur à Yverdon. Vice-président, il évoque devant la caméra que le métier de banquier peut amener à être décalé par rapport à la précarité», souligne Cinzia Sigg.

Le parcours d’Erel, mère célibataire qui a cocréé UnYverSel, le système d’échanges (de services et de biens) local d’Yverdon, révèle aussi que les alternatives associatives et écologiques permettent de vivre mieux, également financièrement. «Ça valorise le temps, qui est le bien le plus précieux. Les hiérarchies entre les compétences disparaissent», ajoute Cinzia Sigg.

Pour le climat

La première de leur court métrage ros ordinaires Yverdon-les-Bains a eu lieu lors du festival AlternatYv à Yverdon-les-Bains en septembre 2018. Les trois héroïnes sont également intervenues dans un gymnase, ainsi que dans une maison de quartier à Nyon et vont poursuivre dans des classes d’un centre professionnel. A terme, elles espèrent aller à la rencontre d’autres héros ordinaires dans d’autres villes, et toucher les entreprises. «La projection de nos films s’accompagnent de discussions et de bonnes pratiques pour émettre moins de déchets ou trouver des moyens de les recycler», souligne Cinzia Sigg.

«Il s’agit de communiquer d’une manière qui ouvre les portes au lieu de renforcer les résistances. Il ne s’agit plus de dénoncer ou de culpabiliser, mais de montrer que le développement durable c’est du bon sens d’abord et une source d’économies. Comme nos grands-parents, on n’achète pas de fraises en hiver, car elles ne poussent pas à ce moment-là, explique Sandrine Rollinet. L’idée est d’accompagner au changement. Parfois il faut un peu de temps pour voir les bénéfices. C’est une évolution perpétuelle…» «… En fonction des connaissances de son temps. Par exemple, aujourd’hui, il est plus facile d’acheter bio et en vrac pour ne plus avoir d’emballage», précise Cinzia Sigg.

Consommer moins mais mieux pourrait être la devise des trois écologistes. «L’attitude change au fil du temps. Réfléchir lorsque l’on achète, privilégier le seconde-main et respecter la nature, les animaux, soi-même, la planète, fait que je n’ai plus envie de m’acheter le nouveau smartphone dont les matières premières proviennent de régions où les travailleurs sont maltraités, ni des vêtements fabriqués par des enfants! Le bonheur dans la sobriété est ici accessible à tout le monde. Ce n’est pas du sacrifice», explique Sylvie Dupraz. Cinzia Sigg: «Peu à peu, on lâche énormément de choses qu’on croyait être des besoins. Et l’on se rend compte qu’au contraire cela nous prenait de l’énergie et ne nous rendait pas meilleur.»

Projection de Héros ordinaires, Yverdon-les-Bains dans le cadre du Festival du film vert au cinéma d’Echallens, passage du Lion d’Or 4, le 23 mars à 10h. festivaldufilmvert.ch

Portraits des Héros ordinaires de Vevey et d’Yverdon-les-Bains: vimeo.com/herosordinaires

 

Phtographies ©Héros ordinaires

Christian Ella-Mona Jean-Marc Marylène avec son fils