Les militants fourbissent leurs armes de campagne

Photo d'archives durant la campagne de 2014 en faveur de l'initiative de l'USS "Pour la protection de salaires équitables".
© Neil Labrador/Archives

Le texte demande l’introduction d’un salaire minimum cantonal de 23 francs l’heure, correspondant à 4086 francs mensuels pour 41 heures de travail hebdomadaires. Un montant similaire à celui réclamé sans succès en 2014 par l’intiative fédérale de l’Union syndicale suisse «Pour la protection de salaires équitables».

L’initiative syndicale pour un salaire minimum cantonal est au menu des votations genevoises du 17 mai

Le 17 mai prochain, les Genevois sont appelés à se prononcer sur l’initiative des syndicats et de la gauche «23 francs, c’est un minimum!» Au printemps 2018, les signatures pour cette initiative avaient été récoltées en un temps record, en trois semaines seulement. Le texte demande d’introduire un salaire minimum cantonal de 23 francs l’heure, correspondant à 4086 francs mensuels pour 41 heures de travail hebdomadaires, et de prévoir des contrôles et des sanctions.

Pour mémoire, c’est la troisième fois que les citoyens du bout du lac voteront sur le salaire minimum. En 2011, ils avaient rejeté par 54,2% des suffrages une initiative de Solidarités, qui portait sur le principe d’un salaire minimum sans proposer formellement de montant. Puis, en 2014, lors du scrutin sur l’initiative fédérale de l’Union syndicale suisse «Pour la protection de salaires équitables», qui évoquait une rémunération de 4000 francs au moins, le refus était monté à 66%. Les initiants sont bien conscients que la troisième manche ne sera pas simple et ont décidé de partir tôt en campagne. Un comité a été constitué le 1er février et, la semaine dernière, Unia a organisé deux séances d’information à l’attention de ses membres et des personnes intéressées. L’occasion de rappeler les enjeux, d’échanger et de mobiliser en vue de la campagne.

Le droit à un salaire décent

«Près de 10% des salariés à Genève gagnent moins de 23 francs l’heure, soit environ 30000 personnes, il s’agit pour deux tiers de femmes travaillant dans des branches comme l’hôtellerie-restauration ou le nettoyage. Avec moins de 4000 francs, il est difficile de vivre à Genève et très souvent ces travailleurs et ces travailleuses doivent recourir à l’aide et aux prestations sociales. Ce faisant, les employeurs reportent sur le public et les contribuables ces coûts sociaux», a lancé Alejo Patino, secrétaire syndical d’Unia Genève, en préambule de l’une de ces réunions d’information que nous avons suivie. «Nombre de salariés concernés n’ont pas le droit de vote. Nous devons faire comprendre aux employés qui sont au-dessus de 4000 francs et qui vont voter, que le salaire minimum ne va pas influer négativement sur leur emploi ni tirer leur salaire vers le bas. Au contraire, un socle de 4000 francs permet d’améliorer le pouvoir de négociation, de pousser les salaires vers le haut et, comme nous le montre l’exemple de Neuchâtel ou de l’Allemagne, la mesure n’a pas de conséquences sur le taux d’emploi. Dans les discussions, on nous objecte régulièrement que les travailleurs en question n’ont qu’à choisir un autre emploi. Mais qui va faire leur travail? Et tout travail mérite un salaire décent, c’est l’élément central de notre campagne. Si on répond en demandant comment on fait pour vivre à Genève avec un tel salaire, on sensibilise toutefois nos interlocuteurs à la difficulté.»

La bataille sera rude

«Il est difficile de prendre un autre chemin lorsqu’on ne reconnaît pas nos diplômes et que l’on ne nous propose que le nettoyage», a expliqué un travailleur, ingénieur aéronautique dans son pays d’origine, la Colombie. Après avoir travaillé durant vingt ans à l’aéroport de Cointrin comme nettoyeur, il est tombé malade il y a une année et son médecin lui a prescrit de chercher un emploi moins physique. Son salaire horaire affichait alors 21,45 francs. «J’ai suivi une formation horlogère, mais je n’ai pas encore trouvé un poste dans cette branche.»

Originaire de Pologne, aujourd’hui secrétaire syndical, Artur Bienko a, lui, galéré comme sans-papiers entre la fin des années 1990 et le début 2000, d’abord dans les vignes valaisannes pour 7 francs l’heure, puis comme cuisinier payé 2500 francs. «Avec deux enfants, je ne m’en sortais pas, a-t-il avoué. Il faut que nous trouvions des personnes prêtes à témoigner et à s’engager, la bataille sera rude et, sans la mobilisation des travailleurs, nous risquons de ne pas la gagner.»

«L’idée est que les secrétaires syndicaux ne soient pas les seuls à porter cette campagne. Nous allons commencer les tractages dans la rue et on peut s’inscrire pour prendre part à un stand. Toutes les personnes intéressées sont, en outre, invitées à participer au comité de campagne et à y apporter des idées, en particulier les travailleurs», a dit Alejo Patino.

L’une des idées de campagne consiste à impliquer les jeunes engagés en faveur du climat préparant la journée de grève du 15 mai. Le collectif d’organisation a justement pris position sur le salaire minimum et l’initiative de limitation de l’UDC, autre objet important au menu des votations du 17 mai, a rapporté l’un de ses représentants. «Nous allons tirer un tract et nous réfléchissons à d’autres options dans le cadre des ateliers prévus dans les écoles.»

Pour obtenir des renseignements et participer: Nadine Frei, nadine.frei [at] unia.ch, 022 949 12 50.