Les patrons genevois du nettoyage refusent la transparence

Manifestants et secrétaire syndicale
© Neil Labrador

A plusieurs reprises, Unia a dénoncé des entreprises de nettoyage actives à l’aéroport et violant allégrement les conditions de travail.

Les syndicats Unia, Sit et Syna dénoncent l’attitude de la partie patronale de la commission paritaire du nettoyage qui bloque un processus visant à assainir les marchés publics

La situation est incompréhensible pour les syndicats. Alors que les collectivités publiques genevoises sont de plus en plus demandeuses de transparence sur les entreprises de nettoyage qu’elles contractent, la partie patronale refuse toute transmission d’information sur les entreprises contrôlées. Unia, le Sit et Syna ont convoqué les médias le 17 mai dernier devant l’aéroport de Genève pour dénoncer ces «graves dysfonctionnements» de la Commission paritaire professionnelle genevoise du nettoyage (CPPGN).

Les choses étaient pourtant bien parties: les partenaires sociaux travaillaient ensemble depuis des mois sur l’émission de nouvelles attestations de conformité, plus complètes et plus transparentes, visant à transmettre l’historique des infractions des entreprises aux collectivités publiques. En effet, jusqu’ici, quand une entreprise violait la CCT du nettoyage, qui couvre toute la Romandie, il lui suffisait de payer son amende pour être «à jour avec ses obligations» selon l’attestation délivrée au donneur d’ordre public, sans autre précision. «Les nouvelles devaient mentionner notamment l’historique des amendes des entreprises sur une période de 12 ou 24 mois selon la gravité de l’infraction, ainsi que toute amende faisant l’objet d’une poursuite jusqu’au paiement de la somme due», précise Sylvain Tarrit, secrétaire syndical au Sit. Les trois syndicats étaient très satisfaits de l’avancée des négociations. Alors qu’il ne manquait plus qu’à produire les nouvelles attestations, en avril dernier, les employeurs du nettoyage ont bloqué le processus. Sur la même ligne, ils refusent d’abolir les attestations actuelles et s’opposent également à toute transmission d’information vers les marchés publics, y compris à Genève Aéroport, qui a lancé l’impulsion de ce projet en demandant plus de transparence sur les 19 entreprises de nettoyage qui œuvrent dans ses locaux. La partie patronale explique ce revirement par la crainte de la concurrence déloyale, les entreprises non genevoises étant toujours bénéficiaires d’attestations ne mentionnant pas l’historique des infractions.

Intervention de l’Etat

Les syndicats dénoncent la manière de faire. «Au lieu d’engager tout de suite des discussions au niveau romand, ils ont joué la montre pour nous faire perdre du temps, regrette Sylvain Tarrit. C’est détestable comme attitude.» Pour Camila Aros, secrétaire syndicale à Unia, le message véhiculé est clair. «En refusant ainsi de collaborer à l’assainissement des marchés publics, les patrons genevois sont complices des entreprises récidivistes. Les discussions au niveau romand, beaucoup plus lentes et beaucoup plus difficiles, vont mettre des années à aboutir.»

Quant à l’argument de concurrence romande, il n’est pas justifié, selon Joël Mugny, secrétaire coordinateur de Syna. «On parle de quelques heures de nettoyage par jour sur chaque site, cela n’a pas de sens de déplacer des nettoyeurs de Vevey à Genève.»

Alors que d’autres commissions paritaires, comme le gros œuvre ou le second œuvre, collaborent étroitement avec les donneurs d’ordre publics, les patrons du nettoyage inscrivent un terrible autogoal, selon les syndicats. «En effet, en refusant de lutter contre les moutons noirs du secteur, ils vont à l’encontre de leur prétendue grande préoccupation, à savoir redorer l’image d’une profession en proie à la sous-enchère et au travail au noir.»

Face à l’intransigeance patronale, Unia, le Sit et Syna ont demandé au conseiller d’Etat Pierre Maudet de prendre les choses en main. Ce dernier, selon Unia, s’est engagé à convoquer rapidement les parties concernées.