Les salaires ne peuvent être bradés

La défense des salaires et des droits des travailleurs est remise en cause par le projet d’accord institutionnel dévoilé par le Conseil fédéral vendredi. Un résultat de négociations soumis à consultation au vu de l’opposition radicale manifestée depuis des mois par les syndicats. En cause, les exigences des partisans de la «ligne dure» et ultralibérale au sein de l’Union européenne qui souhaitent faire voler en éclats les mesures de protection des conditions de travail existant en Suisse. Des mesures d’accompagnement réduites à la portion congrue dans l’accord proposé.

A l’heure où partout en Europe les travailleurs, les jeunes, les retraités se lèvent contre la vie chère et les conséquences de l’austérité qui affectent leurs conditions d’existence, cet accord préfigure ce que pourrait devenir la Suisse de demain.

En Grèce, fin novembre, les travailleurs du secteur privé ont fait grève pendant 24 heures pour exiger des hausses de salaire et le rétablissement du revenu minimum passé de 751 à 586 euros depuis le début de la crise. Ils se sont aussi mobilisés pour le retour des conventions collectives annulées par les institutions européennes et internationales, pour des emplois et pour un système de sécurité sociale sans coupes dans les retraites et les prestations.

En France, la révolte des Gilets jaunes contre la hausse de la taxe sur les carburants a révélé une énorme colère populaire de tous ceux qui n’arrivent plus à finir le mois, et de ceux qui ont faim. Une colère que les reculs de Macron n’ont pas encore réussi à calmer. En Belgique et en Hollande, des émules des Gilets jaunes ont également pris la rue et des ronds-points pour faire entendre leurs voix contre des augmentations de taxes et la baisse du pouvoir d’achat. En Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union européenne, des manifestations ont lieu, depuis début novembre déjà. Le coût du carburant avait aussi mis le feu aux poudres, et le mouvement relaie depuis des appels à la démission de la «mafia» gouvernant le pays.

Dix ans après le début de la crise financière de 2008, les perdants sont connus. Et les plus riches continuent de s’enrichir. Les salaires en Europe stagnent ou ont même baissé comme l’année dernière en Italie et en Espagne. Et en Grèce, selon des chiffres de l’Organisation internationale du travail, les rémunérations ont diminué, en moyenne, de 3,1% chaque année depuis 10 ans…

Avec la colère des Gilets jaune, et toutes les révoltes s’exprimant sur le continent, apparaît le vrai visage de l’Europe libérale. Ce n’est pas un hasard si, ces derniers mois, l’Union syndicale suisse (USS) a reçu des soutiens et des appels de la Confédération européenne des syndicats et d’importants syndicats nationaux à ne pas lâcher sur les mesures d’accompagnement. Car la sous-enchère est une réalité dans toute l’Europe. Une sous-enchère conduisant à la paupérisation de larges couches de la population et à la déliquescence des systèmes de sécurité sociale et des retraites.

Comme le dit l’USS, la place des syndicats et des travailleurs suisses est aux côtés de ceux d’Europe pour obtenir des améliorations de la protection des salaires. En s’engageant à combattre le démantèlement prévu par l’accord institutionnel présenté par le Conseil fédéral, l’USS et Unia ouvrent la voie à un changement de paradigme sur notre continent.